Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]


Quand la faucheuse réclame son dû...
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 Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]

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MessageSujet: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Lun 12 Juil - 22:16

Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
Et détournant mes yeux de ce vide avenir
En moi-même je vois tout le passé grandir
Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore
Il est informe aussi près de ce qui parfait
Présente tout ensemble et l'effort et l'effet
Guillaume Apollinaire, Cortège


Certaines légendes parlent de lieux fantastiques, invisibles au commun des mortels, auxquels les initiés ne peuvent accéder que selon un décorum bien particulier : s’immerger à l’aube dans un lac en faisant face au ponant, marcher à reculons dans un chemin abandonné sans porter du rouge, frapper deux coups longs et trois courts sur une porte avant de l’ouvrir, etc. Si ces conditions ne sont pas observées, la personne se retrouve dans un endroit tout à fait banal, dans le cas où une fausse manœuvre ne l’aurait pas précipitée dans un quelconque recoin obscur et menaçant d’un autre monde.
D’autres légendes encore évoquent des créatures de toutes sortes, leprechauns, lutins, farfadets, trolls et autres nains, lesquels évoluent au sein des humains à leur barbe et à leur nez, élisant domicile dans des cachettes où ils peuvent en toute tranquillité faire leur demeure sans crainte d’être dérangés, ne laissant échapper comme signe de leur présence qu’un couinement, un grincement ou un murmure occasionnel.

Vann, modeste et discret, ne se serait jamais arrogé quoi que ce soit de surnaturel, pas plus qu’il n’aurait osé prétendre connaître d’emplacement échappant particulièrement aux lois de la réalité. Cela n’empêchait qu’en ce moment présent, il n’était pas sans offrir une certaine similitude avec quelque être féerique occupé à se rendre en toute diligence à son domicile, filant comme une ombre jusqu’à un emplacement connu de lui seul.
Car enfin, représentez-vous donc ce petit bonhomme athlétique bien que maigrichon, occupé à escalader un édifice composé de lourds moellons plus ou moins délogés par le cours des années, ayant apparemment comme but le toit de cet imposant –et plutôt sinistre- bâtiment. Tache grise sur le gris des pierres, en cette heure où le soleil n’est plus très loin d’aller paresseusement se coucher pour laisser libre cours au soir puis à la nuit, il ne paraît être rien de plus qu’une ombre floue, fugitivement aperçue et rapidement oubliée. Lézard adroit, rapide et endurant à l’effort, il semble ramper le long du mur plus qu’il n’a l’air de l’escalader, les mouvements de ses pieds et de ses mains s’enchaînant avec une habileté de monte-en-l’air selon une imperturbable routine jusqu’à se hisser au sommet de la massive construction, fait de grosses tuiles soutenues par de vaillantes poutres de bois.

Juste un moment pour apprécier le paysage, grandiose, poignant et légèrement déprimant à la fois, et le jeune garçon se dirige imperturbablement vers une des vieilles plaques qu’il sait être branlante, prenant garde à conserver son équilibre sur ce terrain dangereux. Non pas que la perspective d’une chute vertigineuse se terminant par une mort rapide mais sanglante lui soit particulièrement horrifiante, mais rater tout ce qu’il pourrait y avoir à contempler dans les temps à venir lui paraît éminemment déplaisant.
Véritable petit rat fouineur curieux de tout, Vann a eu le temps d’étendre son spectre d’action et de recherche durant les deux années qu’il a passées à l’Orphelinat, et c’est ainsi, par hasard, alors qu’il avait grimpé au sommet de son foyer dans l’idée de profiter du champ d’observation, qu’il s’est aperçu de l’existence de cette porte d’entrée peu commune, inattendue mais bienvenue. Comme on pouvait s’y attendre de lui, et comme il le fait en ce moment même, il l’a à gestes précautionneux délogée de son emplacement, a jeté un œil prudent pour s’assurer qu’il n’y avait personne à l’horizon, puis, avec une souplesse de couleuvre et en prenant garde à ne pas s’écorcher contre quelque matériau saillant, s’est glissé dans l’ouverture pour atterrir dans une véritable caverne d’Ali Baba.

Il ne sait pas exactement à quoi servait ce lieu et tout ce qui y est entreposé, ni ne s’est jamais vraiment posé la question, mais le fait est que ce qu’il y trouve a toujours su ravir ses sens. Cela fait déjà plusieurs fois qu’il est passé et repassé en ce grenier sans âge, mais alors que ses yeux s’habituent à la pénombre ambiante, ce n’est une fois de plus pas sans un sentiment d’exaltation qu’il découvre les coffres, les boîtes, les caisses ; c’est avec cette même espèce de sensation de louange qu’il sent les contours des jouets, des dessins, des déguisements se dessiner, signes d’un passé révolu dans le silence et l’obscurité.
Le vagabond n’a jamais vraiment eu l’occasion de s’adonner au ludisme des jeux d’enfants, mais cela ne l’empêche pas de comprendre que c’est à cette activité que cet endroit, ou du moins ce qui y a été accumulé, était dédié. Et ce n’est pas sans une taraudante mélancolie, sans un léger et lointain pincement au cœur, qu’il redécouvre à chaque fois cet univers dont les portes lui ont toujours été fermées.

Fermant les paupières, ses narines, toujours alertes malgré les relents crasseux de la Vieille Enfumée, lui apportent des senteurs aussi diverses que puissantes : tout d’abord celles de la poussière et du bois vermoulu, qui lui sont bien familières, puis d’autres telles que l’huile d’une peinture toute écaillée, le métal de petites voitures rouillées, le papier d’affiches caduques… En arrière-plan, et de pair avec son ouïe, il parvient même à saisir quelques infimes signes d’une vie animale faite surtout de rongeurs et d’insectes, populations d’infimes créatures qui sont autant de squatteurs paisibles et indifférents.
Il le sentait dans chacun des pores de sa peau de contemplateur, ce lieu était chargé d’histoires, de souvenirs, d’émotions ; il y évoluait comme plongé au sein d’une onde, et cela suffisait à faire son bonheur. Ni archéologue, ni historien, ni mystique, il n’aspirait ni à rapporter avec lui toutes ces richesses, ni à les examiner, ni même forcément à les comprendre ; il n’avait pour motivation que d’expérimenter l’ambiance de ce grand reliquaire du passé.

Sans précipitation, il rouvrit les yeux, et déambula lentement à pas de loup sur le sol couvert d’une fine pellicule blanchâtre et duveteuse, ne suscitant ça et là qu’un discret couinement de la part des robustes lattes qui constituaient le plancher, humble visiteur pas vu pas pris. Au hasard de ses déplacements, il parvint jusque devant une large tenture représentant un ciel bleu marine constellé d’étoiles de toutes tailles et de tous degrés de luminescence, le tout surmonté par un croissant de lune du blanc le plus pur, dont la forme s’étirait telle le mystérieux sourire d’un chat du Cheshire malin et complice.
Peut-être s’agissait-il là d’un décor servant à la mise en place de pièces de théâtre comme tant de personnes peuvent en raffoler ? Qui pouvait dire combien de romantiques scènes au balcon, combien de rendez-vous secrets, combien de fuites éperdues, combien de crimes terribles s’étaient déroulés avec toujours pour fond cette toile ?

Désormais, les couleurs étaient délavées, la laine était mitée, et les étoiles ne brillaient plus pour personne. Cependant, Vann percevait que cette pièce de tissu fatiguée autrefois majestueuse et imposante dégageait un charme, une magie, un glamour, ne fut-ce que sous forme de traces du passé. Encore aujourd’hui, en frôlant du bout des doigts sa surface aussi précautionneusement qu’il aurait parcouru la fourrure d’un vieux lion, il lui semble que les échos de jours heureux, animés, fougueux, lui parviennent à travers les jours, les mois, les années.
Il le sait, il faudra qu’en temps et en heure, il revienne là où il est supposé être sous peine de s’exposer à des remontrances, mais pour le moment, le regard dans le vague, perdu dans les souvenirs d’autrui, il se laisse délicatement envelopper par les remembrances gravées dans l’atmosphère de ce grenier à jouets, solitaire.


Dernière édition par Vann Grey le Mar 27 Juil - 4:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Mer 14 Juil - 19:33

La solitude n'est possible que très jeune, quand on a devant soi tous ses rêves, ou très vieux, avec derrière soi tous ses souvenirs.
[Henri de Régnier]


    Souvenirs. Vague écharpe de brumes qui enveloppe l'esprit, parfois. Il est également possible qu'on la place soi-même doucement autour de son cou, qu'on enveloppe posément dedans mais en général on ne décide pas. Elle vient, attirée par un son, une mélodie, une odeur, une parole. Souvent elle fait du bien. Parfois beaucoup moins. Les nostalgiques sont des habitués, des grands amis qui parfois, à trop se terrer dans cette brume, perdent de vue le chemin qu'il y avait devant eux. Ceux qui ne regardent jamais derrière, eux, ignorent que cette chape vaporeuse les suit tout de même toujours, fidèle, attendant l'heure de se montrer à eux, lorsqu'ils l'accepteront ...

    La journée avait été chargée. Deux livraisons, trois prises de têtes, bien plus encore de petits conflits à désarmer. Décidément, si mon rôle me conférait beaucoup d'avantages, les inconvénients se faisaient durement ressentir. J'avais besoin de m'évader. Quitter ce carcan qui m'enserrait, quitter ces responsabilités épuisantes quelques minutes. Sortir quelques instants, respirer un bon coup, me remplir les poumons de l'air écossais -aussi fictif soit-il- m'aérer l'esprit, me changer les idées ... Et alors que je sortais dans la cour de l'Orphelinat à la nuit tombée, une silhouette dans les hauteurs attira mon attention. La distance et la luminosité ambiante ne me permettaient pas d'avoir une idée réelle de l'apparence de la personne qui se faufilait ainsi sur les toits, cependant elle ne paraissait ni bien grande, ni bien grosse. Vers où pouvait-elle bien se diriger ainsi ? Je la suivais des yeux, curieuse je devais bien l'avouer de savoir où se rendait cette forme grise dans les hauteurs. Aurais-je vu le film Spiderman à cette époque que j'aurais aisément pu comparer le héros arachnéen avec cette silhouette floue ondulant sur les murs, escaladant des murs que jusqu'à ce jour j'avais considérés lisses, et dont désormais je saurai qu'ils ne le sont pas. Monter, monter, toujours plus haut sur les toits, jusqu'à disparaitre soudainement après s'être arrêté quelques instants. Vérifiait-il qu'il n'y avait personne ? Si c'était le cas, je pouvais l'excuser de ne pas m'avoir vue puisque dans le noir, on ne voit pas le noir. Ombre mouvante dans l'ombre de l'orphelinat, mon affection pour le soleil n'ayant jamais changé, je voyais tout mais demeurait invisible, ce qui ne m'empêchait pas, tel un songe, de tout savoir.

    Les souterrains, les passages cachés, je connaissais l'endroit par cœur, même les lieux que je n'aurais pas du connaitre. Et le lieu où avait disparu mon mystérieux inconnu se situait justement dans la zone d'un de ces lieux secrets qui ne l'étaient plus tellement pour moi ... Rentrée dans l'Orphelinat, je me dirigeais vers l'aile Sud, celle des dortoirs. Vaste endroit me direz-vous, mais ce qui m'intéressait se situait au dernier étage ... Partant des escaliers et me dirigeant vers la droite, je comptais quatre appliques murales et tournais d'un quart de tour vers la droite l'applique en question avant de lui faire faire un demi-tour vers la gauche, déclenchant ainsi le mécanisme. Je l'avais découvert par hasard en espionnant un orphelin qui l'avait lui-même appris d'un ami qui ... Bref, le premier à l'avoir découvert n'était plus ici depuis longtemps, et nul ne savait vraiment comment il l'avait trouvé, mais ce secret se transmettait de génération de curieux en génération de fouineur, perpétuant ainsi le mythe de ce lieu. Le mur se décala vers l'avant et coulissa, révélant une flopée de marches abruptes que je m'empressais de monter tant que la lumière du couloir les éclairait. En bois craquant, je m'étais toujours étonnée que personne n'entende ce bruit pourtant énorme ni dans le couloir, ni dans le lieu où je me rendais et qui n'était autre que le grenier. J'entendis derrière moi le clac reconnaissable qui signifiait la fermeture du mur et la remise en place de l'applique. Personne ne semblait m'avoir suivie, mais cela n'aurais pas changé grand chose à mon humble avis.

    Arrivée en haut je me remis debout et me dépoussiéras sur le palier avant de pousser délicatement la porte sur un lieu gris, terne, mais auréolé d'une certaine magie. Etrangement, la porte ne grinçait pas, et je connaissais les lattes de parquet qui grinçaient , les évitant avec soin. Les coffres à jouet avaient quelque chose appelant à la nostalgie et au recueillement. Il ne m'était pas rare de croire qu'un fantôme de petite fille hantait les lieux, veillant sur ses jouets et sur ceux qui n'étaient pas à elle, veillant sur le lieu, éoignant les mauvais rêves ... J'étais souvent venue dormir ici les nuits trop effrayantes, pour échapper aux cauchemars qui me hantaient. Ici, on disait que personne n'en faisait jamais. Je ne sais si c'est vrai, mais je n'en avais en tous cas jamais fait sous ce vieux toit ... Prise dans la nostalgie, je tentais de me remémorer les berceuses que m'avaient chantées celui qui était alors encore mon frère adoré. Comment faisaient-elles déjà ?

    « Uiseag bheag dhearg na monadh duibh, Na monadh duibh, na monadh duibh, Uiseag bheag dhearg na monadh duibh, Cait do chaidil thu'n raoir's an i ? »

    Oui, c'était quelque chose du genre ... Du vieux gaélique écossais, une petite berceuse populaire qu'il avait apprise je ne sais où. Moitié murmurée, moitié fredonnée tandis que je regardais attendrie un coffre à moitié ouvert dont dépassait la tête couronnée d'une poupée princesse d'un jour, ou d'une vie. Je continuais cependant mon chemin, plus songeuse certes, mais n'oubliant pas la raison qui m'avait poussée à monter ici : mon visiteur nocturne. Enfin, nocturne dans quelques temps, pour l'instant nous n'étions qu'en soirée, même si elle ne durerait plus bien longtemps. Au détour d'une poutre je tombais sur lui. J'avais raison : pas bien grand, pas bien gros, et ... gris. Etrangement gris. Comme si vous preniez de la poussière de charbon et que vous poudriez une peau blanche. Vous obtiendriez le gris caractéristique des charbonniers, des miniers ... et de celui que j'avais face à moi, qui me tournait le dos. Il regardait, je supposais, la tenture placée devant lui. Sorte de fond théâtral un peu vieilli mais dont on imaginait aisément la gloire passée sous les applaudissements nourris des parents bienveillants, excusant les trous de mémoires, les costumes bricolés à la va-vite, et les fous-rires incontrôlables en pleine scène dramatique. Rien que d'y penser, cela me faisait sourire. Je m'approchais doucement afin de ne pas effrayer le visiteur.

    « Vous savez, il y a une porte ici, ce n'était pas la peine de nous rejouer Mary Poppins ... »

    Un anglais impeccable, cela devrait suffire à se faire comprendre. Après tout, tout le monde parle anglais ici, non ? Alors pourquoi pas lui ? Le ton ironique suffirait sans doute à savoir que je plaisantais ... Même s'il y avait effectivement une porte ici et qu'il n'avait pas besoin de sauter sur les toits. Un instant la pensée me traversa de savoir s'il avait chanté "Chem'Cheminy" mais je m'abstint de poser cette question qui aurait été fort malvenue.


[hrp : berceuse en entier et traduction ici ^^]

_________________
Les caresses n'ont jamais transformé un tigre en chaton.
[Franklin Delano Roosevelt]

Une question Invité ? Si elle n'est pas résolue ici alors MP-moi, je te répondrai !
~ N'hésite pas, je ne mords presque pas ! ~

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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Sam 17 Juil - 6:06

On ne passe pas son existence à la rue sans développer quelques réflexes de survie ni sans exercer son acuité afin d’éviter de se retrouver dans une situation pouvant vous faire perdre des bouts, voire vous laissant refroidi, transformé en un nouveau fantôme venant hanter les rues où vous êtes né, avez vécu et êtes mort. En l’occurrence, Vann, sans avoir les sens d’un argus implacable, savait se servir de ses narines, et ce furent celles-ci qui lui apprirent la venue subreptice mais indubitable d’une nouvelle odeur, signe de l’arrivée d’un autre visiteur dans cet antre empoussiéré.
A cette nouveauté, le jeune homme raisonna, fort à propos, qu’un membre du personnel surveillant lui aurait déjà mis le grappin dessus sans autre forme de procès, plutôt que de le rejoindre en catimini. Ainsi, sans se hâter, avec toujours cette même curiosité délicate et respectueuse, il continua de laisser sa main flatter tendrement l’étoffe nocturne, prenant son temps puisqu’il n’y avait manifestement pas lieu de redescendre abruptement des rêveries vers lesquelles il s’était laissé planer.

Cependant, alors que le parcours de ses doigts s’achevait, sa poigne de géant arracha sans le vouloir au firmament une étoile qui n’y tenait plus qu’à peine, laquelle se décrocha sans une plainte pour venir adhérer à l’index du garçonnet, s’y accrochant telle une larme céleste de plastique. Émergeant doucement, il considéra un moment cette trouvaille d’un regard amical de ses prunelles sombres, alors que dans son dos se faisaient entendre des mots absolument incompréhensibles à ses oreilles incultes, mais pas à son cœur esthète. La rythmique, les sonorités, le ton surtout sur lequel ces paroles étaient prononcées laissaient entendre une suavité bienveillante, une mélancolie bon enfant dont l’allure s’accordait à l’ambiance douce-amère du lieu.

La voix, cette voix claire et aiguë de demoiselle si inhabituelle, presque incongrue pour le gamin des rues, flotta jusqu’à lui, rasant au passage la surface de ses pensées pour y tracer de fines ridules qui miroitèrent un instant avant de disparaître pour aller rejoindre toute la mémoire de souvenirs du contemplateur. Encore une fois sans s’empresser, il se retourna pour faire face à la nouvelle venue, d’un mouvement similaire à celui d’une ombre ondulant un instant sous le crépitement d’une chandelle avant d’en revenir à son immobilité discrète et posée.
Observant ce qui se trouvait maintenant devant lui, ce qui lui sauta en premier aux yeux fut une tenue qui, dans l’esprit de Vann, assimilait celle qui la portait à quelque créature toute droite sortie d’un livre de contes, d’un défilé de mode avant-gardiste ou de l’esprit d’un artiste aux goûts hétéroclites. Pantalon, haut à manches longues, grand manteau, bottes de cuir et chapeau, le tout d’un noir d’encre ; ce look gothique à la garçonne s’éloignait tant de ce qu’il avait connu, dégageait dans l’ensemble une telle impression d’incongruité qu’il n’aurait pas été surpris d’apprendre que celle qui l’arborait était surgie des souvenirs qui peuplaient cet entrepôt du passé. Quant à la donzelle, fort pâle, elle semblait faite d’une matière souple de teinte très claire, recouverte d’un fin vernis de nacre, le tout laissant paraître sans pudeur les os sur toutes les parties du corps, à la manière d’une poupée d’un grand raffinement mais d’un goût esthétique douteux.

Cet ensemble, il l’engloba de son regard d’onyx, si terne et si vif à la fois, ne prêtant aux paroles de l’adolescente que l’attention qu’il portait en général aux paroles de n’importe qui d’autre, en attrapant la signification au vol sans y accorder plus qu’un coup d’œil, se souciant bien plus de ce qu’il pouvait voir que de ce qu’il pouvait écouter et répondre. Dans tout cela, il faut dire qu’un mot pour qualifier une telle apparence et une façon so Britishement soignée de s’exprimer se détachait d’office du vocabulaire d’un habitant des basses couches d'Édimbourg : « snob ».
Mais pour en revenir au petiot qui faisait manifestement peu de cas de cette particularité vocative, son attention était en ce moment même focalisée en toute discrétion méditative sur la vêture de la jeune femme, sur laquelle, comme au terme d’une longue considération intérieure, il finit par coller la petite étoile jaunie mais encore aussi vaillamment brillante qu’elle pouvait l’être. Au niveau des omoplates, juste sous le col du chemisier qu’elle portait, l’astre radieux de quelques centimètres à peine parut se poser comme un fermoir, sa teinte de blanc paraissant retrouver une seconde jeunesse en contraste avec ce noir de charbon en frontispice duquel elle posait désormais fièrement, pareille à un joyau.

A ce moment seulement se mit-il à prêter réellement attention à ce qu’elle pouvait bien lui avoir dit, et après avoir pris une paisible seconde de réflexion, il eut un haussement d’épaules aussi souple et mesuré que l’ondulation d’un tissu pour ponctuer sa réponse :

« J’suppose. » Admit-il. « J’tais pas au courant. »

Un écossais de pure souche a en général bon appétit, allant sans faire de manières jusqu’à manger ses mots dès qu’il en a l’occasion, et Vann ne dérogeait pas à la règle, sa réponse s’acheminant à travers ses lèvres en un souffle léger et chuintant tandis que des syllabes se voyaient au passage grignotées entre ses dents.
Etant donné le caractère taciturne de ce drôle d’oiseau gris, on aurait pu s’attendre à ce qu’il en restât là sans avoir l’air de vouloir porter la discussion plus loin, mais une étincelle alerte de curiosité le fit relever le chef vers le visage tout en os de la femme. Il enchaîna alors sur le même ton monocorde qui ne se retrouva cependant pas privé d’une pointe interrogative non dénuée d’élégance, l’enfant ne se dédisant pas de son intérêt :

« C’qui Mary Poppins ? »

Sans dédain, sans provocation, sans moquerie, la question ne laissait entendre rien de plus que ce qu’elle exprimait, le garçon s’enquérant sans lantiponner de ce qu’impliquait ce nom propre aux éclatantes sonorités qu’il ne se souvenait pas avoir déjà entendu. Non pas qu’il se targuât de vouloir enrichir sa culture générale, mais l’idée qu’on se rapportait à un concept de toute évidence communément reconnu sans qu’il pût s’en faire une représentation avait quelque chose d’un tantinet frustrant.
Face à face, sobre princesse sombre de dentelle et d’aiguilles, et mince flocon de poussière à bras et jambes, ils paraissaient les deux protagonistes d’une obscure allégorie de fabliau sur fond de fantastique, deux étranges personnages réunis avec pour fond un vétuste grenier disparate.
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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Mar 20 Juil - 21:37

Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir.
[Ernest Renan]


    Un haussement de sourcil d'incompréhension face au geste du jeune homme. Il posa l'étoile sur mon corsage, au niveau d'une boutonnière qu'il regarda avec l'air ahuri qu'ont ceux qui rêvent éveillé, et voient ce que d'autres ignorent, mais leur parait si beau, à eux, qu'ils ne pourraient en faire abstraction. M'avait-il entendue ? Sûrement. M'avait-il écoutée ? Je commençais à en douter. Jusqu'à ce qu'il me réponde. Mais pas en anglais. Oh, bien sûr, quelques mots étaient pareils. Mais cette sonorité gutturale, cette façon de manger à moitié les mots ... Avare en argent comme en paroles, cela ne pouvait être qu'écossais. Cet accent ... Je l'aurais reconnu même au milieu du décollage d'une fusée, c'était celui de ma terre, de mon pays. Certes, l'Orphelinat était basé en Ecosse ... Mais pouvait-on réellement parler d'Ecosse ? Dans ce monde onirique, ma Glasgow bien aimée se retrouvait grise, souillée d'une noirceur que je ne lui avais jamais connue, et que j'espérais ne jamais voir en "vrai", dans la vie "réelle". L'accent différait un peu de celui que j'avais connu, mais il m'évoquait quelque chose ... Je l'avais déjà entendu, dans l'un des villes écossaises que j'avais traversées. Mais laquelle ? Où avais-je bien pu entendre ce patois ? Dans quelle ville ?

    « Nom di Diou ! En v'là un beau tag dans l'dos ! C'bien la peine que j'ai pas bu, réparer ça va pas être d'la tarte ... »

    Ah oui, le chirurgien. Il avait très certainement dit ça pour me faire rire, ce qui n'avait marché que très moyennement. Le fait que dès que je riais je me mette à hurler n'y était sans doute pas étranger. Le chirurgien ... Où était-ce déjà ? Ah, Edimbourg ... L'Enfumée, c'était donc elle ? Ce petit moucheron gris venait-il, d'une autre époque, me rendre visite ici, dans ce monde si noir ? Enfin, dans le noir, même le gris peut sembler blanc pourvu qu'il semble clair ... Tout comme cett étoile délavée reprenait un peu de couleur sur mon chemisier noir. Le jaune semblait renaitre sous la poussière, ré-éclairer comme au premier jour où on l'avait cousu sur sa toile nocturne.

    Mais trêve de rêverie, ma fille, tu n'es pas ici pour ça. D'ailleurs pourquoi es-tu ici en fait ? La dernière fois que ta curiosité a joué, tu as fini poignardée à l'épaule ... Ne vas pas recommencer ... Enfin, il n'a pas l'air bien méchant ni bien dangereux, bien moins que l'autre idiot en tous cas, et même si l'habit ne fait pas le moine, je pouvais d'un seul coup d'œil m'apercevoir qu'il n'était pas armé, tout comme sa posture indiquait clairement qu'il n'avait aucune pensée malhonnête, qu'elles soient agressives ou ... d'un autre genre. Jeune, oui, mais l'innocence n'a plus d'âge, malheureusement, pour se perdre ... Croyez-moi, certains enfants de 10 ans arrivant ici sont bien plus dévergondés que moi ... Hum, non, peut-être pas tout de même. Mais en tous cas, ils le sont plus que certains autres de plusieurs années leurs aînés. Pour en revenir au sujet, lui paraissait tout à fait innocent. Aussi innocent que peut sembler l'être un gamin un peu paumé dans les rues d'Ecosse en tous cas.

    Il ne connaissait pas Mary Poppins ? Ce film avait bercé toute mon enfance ! Une nounou magicienne ... J'en avais toujours rêvé. Surtout sur la partie rangement de chambre en claquant des doigts, ça c'aurait été très pratique. Comment lui résumer ce qu'était Mary Poppins ? Bien plus qu'une nourrice, un symbole je pense. Mais l'expliquer clairement ... Hum ... Je pouvais toujours essayer, après tout, cela ne m'engageait à rien ... Je haussais les épaules, décidant de passer à la trappe le coup de la porte. Je la lui montrerais lorsque nous sortirions d'ici, en attendant rien ne m'empêchait de discuter un peu avec lui. Il avait l'air bien sympathique après tout ... Je m'approchais de la toile et la dépoussiérait en soufflant un peu dessus et en la tapotant doucement afin de ne pas la déchirer ou même simplement l'abîmer. Ces vieilles antiquités étaient d'une fragilité désolante ...

    [Ecossais] « Mary Poppins c'est ... Une nourrice qui vient aider une famille en difficulté. Elle arrive un jour de vent en parapluie, descendant du ciel ... »

    Tout en parlant, d'un écossais qui n'était certes pas le plus populaire possible, mais n'était pas non plus d'une bourgeoisie outrageante, je laissais mon doigt filer du haut vers le bas, vers une rue tracée au pinceau d'enfant sur cette vieille toile. De quand datait-elle ? Je n'en savais rien. Longtemps. C'était là tout ce que je pouvais dire.

    [Ecossais] « Elle est très gentille, et aide la famille à retrouver ses liens, à se réunifier. A redevenir une famille, quoi ! »

    Pourquoi l'avais-je regardé en souriant sur la dernière phrase ? Pourquoi ce sourire me semblait-il autant empreint de tristesse ? Sans doute parce qu'elle m'aurait bien été utile, à moi aussi ... Mais maintenant, je n'avais plus de parents avec qui me réconcilier. Enfin, sauf quand je rentrerais, mais je n'avais aucun problème avec ces parents-là. Je recouvrai bien vite mon masque de gentillesse bien plus neutre, plus adéquat à ce genre de scène que tous les autres.

    [Ecossais] « Ah, désolée, je blablate, mais parler de famille dans un Orphelinat n'est sans doute pas la chose la plus intelligente que j'aie faite. Pardon. »

    Après tout, qui me disait qu'il n'était pas arrivé comme moi suite à un pacte, mais sans avoir été adopté ensuite ? Rien, absolument personne. D'ailleurs, le personnage avait l'air tellement timide que je n'en saurais probablement jamais rien ... Dommage, il a l'air plutôt intéressant. Et d'ailleurs, pourquoi ne pas tenter une approche ? Masque de gentillesse, laisse donc place à celui du jeu. Abracadabra, me voilà avec un air mutin en train de faire semblant de réfléchir à quelque chose que j'ai déjà trouvé. Le grenier, je le connais par cœur, et je sais très bien que juste derrière cette toile se cache un renfoncement où se trouvent des petites chaises que les acteurs devaient sans doute utiliser pour installer leurs spectateurs. J'en sortis deux, en bois mais encore assez solides, et lui fit signe de s'asseoir cependant que je faisais pareil.

    [Ecossais] « Dis-moi plutôt un peu ce qui t'a amené ici à cette heure ... Tu avais l'air de connaître le chemin, j'en déduis que tu viens ici souvent ... Je me trompe ? »

    Ah, chassez le naturel, il revient au galop. Ma curiosité me jouera très certainement des tours, un jour. Mais rien ne l'obligeait à répondre, après tout, et il pouvait toujours disparaitre par un interstice du plafond, celui par lequel il était arrivé là ou un autre ... Je commençais d'ailleurs à croire qu'il pourrait se changer en poussière si jamais j'essayais ne serait-ce que de le toucher. Gardons nos mains bien à l'intérieur alors, parce que cette rencontre pouvait bien se révéler fort intéressante ...

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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Mer 21 Juil - 20:27

En toute vérité, la personne que Vann avait face à lui ne le mettait pas à l’aise. Bien sûr, pour quelqu’un qui n’avait principalement côtoyé que des citoyens imbus d’eux-mêmes, des clochards hargneux, des truands avides et toutes autres sortes de joyeux drilles, il aurait été étonnant que qui que ce fût lui inspirât confiance dès le premier contact, mais le fait était qu’en ce qui concernait ce mannequin osseux, elle lui évoquait quelque chose de dérangeant. Ces vêtements noirs surannés, cette maigreur effrayante, ce port altier… n’avait-il pas vécu une situation semblable il y avait quelques années de cela ? Le souvenir lointain d’une scène étrangement analogue, environné d’une ineffaçable brume, se tortillait dans un recoin de sa mémoire, lui échappant tel une anguille chaque fois qu’il tentait de mettre la main dessus, s’esquivant irrésistiblement pour rendre ses idées toujours plus confuses…

Son esprit égaré dans cette vaine chasse à la remembrance, le garçon revint sur terre lorsqu’il remarqua que la dame en noir s’était mise à avancer dans sa direction ; plus précisément dans celle du céruléen paysage nocturne de tissu sur le chemin duquel lui-même se trouvait. Sans dire un mot, il se déroba sur le côté, à la manière d’un mouton de poussière s’esquivant sous le souffle d'une brise impromptue pour aller lestement se déposer un peu plus loin, gardant les yeux fixés sur la demoiselle avec toujours ce regard étrangement indifférent et alerte à la fois, pareil à celui d’une petite chouette.
Silencieux et éveillé, il prêta l’oreille à ce que l’adolescente avait à lui dire au sujet de cette Mary Poppins, ne paraissant guère accorder d’attention à ce qu’elle pouvait faire pendant ce temps ni au changement de registre oral qu’elle avait adopté, n’en ayant l’air ni surpris, ni flatté, ni perturbé, de même qu’en ce qui concernait l’étrange figure féminine dont elle entreprenait de lui brosser le portrait. Exposée de cette manière, l’image de la tutrice magicienne pouvait très facilement prêter à rire, le concept d’une nourrice tombée du ciel, parapluie en main, confinant de si près au burlesque qu’il aurait été difficile de tenir rigueur à quelqu’un de s’en moquer.

Cependant il n’y eut pas la moindre ébauche de sourire en coin ni même la moindre trace d’incrédulité ou d’étonnement sur ce visage pâle. Terre de légendes aux mille mythes celtiques, l'Écosse avait en effet largement son lot de mythes sur des créatures fantastiques dont Vann n’avait pas été sans percevoir ça et là des échos, recueillant des informations sur des dizaines et des dizaines d’êtres extraordinaires, bienveillants aussi bien que malveillants, ou tout simplement farceurs. Parmi ces contes figuraient ceux portant sur les Farfadets, les Lutins ou encore les Selkies, entités merveilleuses qui s’accommodent quelquefois de la compagnie des humains et leur apportent leur aide.
Partant de cette idée, pourquoi aurait-il fallu ne pas croire à l’existence, ou tout du moins à la possibilité de l’existence de cette bienveillante fée ? C’est ainsi qu’au lieu de se montrer sceptique à l’égard de cette histoire, le jeune homme la recueillit et l’entreposa avec soin dans sa mémoire, un souvenir de plus parmi tous ceux qu’il contenait en lui.

Pendant ce temps, la poupée gothique s’était mise à lui rendre son regard, le sien étant ourlé d’une tristesse sur la nature de laquelle on pouvait difficilement se méprendre si l’on prenait en considération et l’idée de famille et l’idée d’Orphelinat comme le fit d’ailleurs remarquer la donzelle elle-même. Devant cela, son interlocuteur resta tout d’abord aussi stoïque que de coutume, semblable à une impassible figure de cire, avant de s’aviser que ces propos devaient appeler une réponse qu’il donna d’une voix pareille au chuchotis d’un courant d’air murmurant :

« Y’a pas d’mal. »

Puis le silence retomba ; un silence qui, sans poser quelque problème que ce fût à Vann, avait, il s’en doutait, quelque chose d’inconvenant tant les autres personnes avaient en général une propension prononcée à vouloir le meubler plutôt qu’à laisser aux anges le loisir de passer. Il se demanda fugacement s’il devait ajouter quelque chose, puis n’en fit finalement rien, laissant placidement voleter ça et là son attention en attendant que son aînée reprît la parole ou qu’elle se décidât en fin de compte à le laisser tranquille.
Il s’avéra qu’elle ne fit ni l’un ni l’autre puisqu’en fin de compte, après une apparente réflexion, elle se lança dans un petit manège auquel il assista d’un œil averti, ne pouvant s’empêcher de s’interroger quant à ce qu’elle avait en tête lorsqu’elle extirpa de derrière la toile des chaises de gabarit réduit. Recouvertes de peinture, elles avaient jadis dû être d’un vif coloris céruléen du plus bel effet, mais celui-ci avait avec le temps viré à une espèce de bleu lavande un peu louche que son aspect écaillé rendait d’autant moins reluisant, sans compter la fine couche de poussière dont elles étaient recouvertes.

Tout cela n’était toutefois pas de nature à rebuter le jeune vagabond qui voleta jusqu’au siège sur lequel il prit place tel un docile et diligent mainate, sans se faire prier, autant par indifférence que pour voir où elle voulait en venir. Et manifestement, la demoiselle, que ce fût par curiosité, par politesse ou pour toute autre raison, voulait en savoir plus sur ce qu’il faisait ici, ce qui, sans être une nouveauté absolument bouleversante, consistait en soi un fait suffisamment peu commun pour que cela fût mentionné. Craignait-elle donc qu’il empiétât trop sur son territoire, et avait-elle l’intention de faire en sorte qu’il ne s’avisât plus de venir mettre son nez là où il n’était pas le bienvenu ?
Possible, mais même si tel était le cas, cela ne l’inquiétait guère : comme un souriceau, il saurait trouver une autre issue par laquelle gagner ce lieu à part, et quand bien même l’accès viendrait à lui être irrémédiablement interdit, alors il en serait ainsi. Conséquemment, ce fut sans complexe qu’il répondit à sa question, toujours avec cette même discrète sobriété qui lui était coutumière :

« Non. » Puis, se doutant bien que sa compagnie ne se contenterait pas de si peu, il développa : « J’viens ici d’temps en temps. »

Il marqua ensuite une pause, prenant son temps pour parcourir le grenier de son regard d’obsidienne, son regard qui était celui de ceux qui rêvent éveillés [et] ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis, ainsi que l’a dit Poe. De sa position qui était celle-là même qu’un spectateur de théâtre amateur avait occupée il y avait longtemps de cela, il semblait à Vann que tout ce qui avait eu lieu ici et y avait posé sa patte ressurgissait avec d’autant plus de clarté et de vigueur. Collant son oreille contre le mur des âges, il écouta le passé à travers les années, percevant l’essence, l’humeur, l’atmosphère de cet endroit avec une proximité qui se sentait dans les paroles qu’il prononça, plus lointaines :

« Y’a des souv’nirs ici. Des gens qu’ont vécu des choses. Êt’ là, c’comme d’voir tout un passé. C’est… »

Comment exprimer ce qu’il ressentait ; le sentiment d’une sorte de plénitude, de s’imprégner de toute l’ambiance qui se dégageait de la moindre parcelle de cette cachette où le cours des éons paraissait s’être comme embourbé ? Il avait l‘impression qu’en plissant les yeux, il aurait pu voir apparaître les fantômes de ceux qui avaient joué ici, s’étaient enrichi l’esprit de tant d’activités diverses ; il se sentait proche de toute une somme d’expériences exaltantes d’une façon…

« … magique. »


Dernière édition par Vann Grey le Sam 31 Juil - 2:17, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Ven 30 Juil - 2:37

Rien n'est miraculeux. Si l'on apprend ce que sait le magicien, il n'y a plus de magie.
[Richard Bach]


    J’avais l’impression d’avoir face à moi un pantin vide, à la limite un fantôme. C’était là une impression plus qu’étrange. Dites lui de s’asseoir et il le fait. Dites-lui de se lever, il le fera sûrement. Regardez-le, vous verrez au travers, à bien y regarder, il semble translucide. Parlez-lui, vous n’entendrez qu’un murmure, un souffle sortir avec, peut-être, des mots. Du patois écossais, rien de bien flamboyant mais au moins, c’est un fait, il parle. C’en est presque étonnant quand on le voit, en fait. Si fragile que si vous le touchez, vous pourriez le casser, le briser. A moins, c’est possible, qu’il ne se soit enfui avant. Mais s’il est une chose que je sentais qui ne se briserait pas, ce n’était pas l’innocence qui brillait encore dans ses yeux, mais bien sa curiosité, et son sens de l’observation. Car si lui ne bouge pas, ses yeux, eux, ne cessent de battre, et de papillonner, récoltant, je supposais, des informations sur le lieu, les objets ... peut-être même les personnes. Non, pas peut-être. Sans doute.

    Qu’y avait-il dans cette mémoire ? Dans cette petite tête grise balayée par le temps, par des années qui filent sans jamais s’arrêter ? Bien des souvenirs, et sans doute bien des pensées. Quelqu’un les connaitrait-ils un jour ? J’avais quelques doutes à ce sujet. Et comme tout ce dont il se souviendrait en sortant d’ici ne serait rien de plus pour lui qu’un songe … Rêve donc, petit homme, rêve éveillé …. Rempli toi les yeux et l’esprit d’une myriade de choses qui ne seront plus pour toi qu’un lointain souvenir, mais dont ton inconscient restera marqué à jamais … Ce que tu pourras apprendre ici te resservira peut-être un jour, qui sait ?

    Il fallait tendre l’oreille pour entendre les réponses, même en ce lieu pourtant si silencieux. Même pour moi, qui ne parlais déjà pas bien fort, il semblait chuchoter. Ce n'était pourtant pas pour cacher ce qu’il avait à dire … Non pas que ce ne soit pas intéressant, plutôt que ça n’avait rien d bien mystérieux, et aucun caractère prêtant au secret. Enfin, je me prenais sans doute la tête pour rien. Il s'agissait très certainement de quelqu'un qui, comme moi, n'aimait pas hausser le ton, à moins qu'il ne soit dans l'incapacité de le faire, chose probable s'il avait réellement vécu à Édimbourg, que l'on disait très polluée dans les bas quartiers. Et à sa décharge, je devais bien avouer l'imaginer provenir plutôt des bas quartiers que de la bourgeoisie.

    Dans tous les cas, je le supposais "non mort", plutôt que "mort" et réellement orphelin. Cela lui semblait logique que je me reprenne, et si je me moquais assez en réalité de l'avoir froissé ou pas, je me doutais donc être en compagnie d'une jeune homme qui ne savait rien de ce qui se passait ici, et ignorait que tout ceci n'était qu'un rêve. Je n'avais certes aucune preuve, mais une bonne intuition. Et puis, cela changerait-il réellement le ton du discours ? Hum ... S'il s'avérait faire partie d'un de ces groupes cherchant à recruter tous les morts, oui, il allait vite m'entendre. Mais il n'avait pas cette optique apparemment. Il répondit d'ailleurs à mon autre question de manière simple, sans chercher à l'esquiver ou à enjoliver sa réponse. Il venait ici de temps en temps. Étrange alors que je ne ne l'ai jamais croisé. Enfin bon, passons, ce n'était pas si cela aurait pu changer ma vie.

    « Y’a des souv’nirs ici. Des gens qu’ont vécu des choses. Êt’ là, c’comme d’voir tout un passé. C’est … magique. »

    Il me semblait avoir déjà entendu ce genre de discours ailleurs ... Ah oui, l'autre fou des sciences occultes. Un jour où, complètement allumé, il avait prétendu pouvoir voir le passé d'une pièce ou d'un objet. Sur le coup j'avoue que je m'étais qu'avec un peu de fumette on voyait ce qu'on voulait, maintenant dans ce lieu, je devais bien avouer que je comprenais mieux ce qu'il avait voulu dire. Il n'y avait même pas vraiment besoin de magie pour voir les événements, il suffisait de s'asseoir et d'imaginer. Bon, d'accord ce n'était pas forcément vrai du coup, mais ça avait un petit quelque chose de poétique comme ça, non ?

    « Des souvenirs ... Oui, c'est fort possible. Et que dirais-tu d'y mettre les tiens ? »

    Oui, je sais, c'est une demande pour le moins incongrue. Mais après tout, l'endroit y était propice. Il y invitait presque, même. Glissant autour de vous une chape brumeuse envoutante qui vous donnait envie de vous livrer, de dire ce que vous aviez sur le cœur. Comment faire ? Hum, là était la bonne question. Et s'il suffisait, comme dans la légende, de remplir les sacs avec des secrets ? A moins qu'ils ne vous suffisent des les confier à la garde d'une des poupées ... Mais on connait leur indiscrétion, toujours à papoter celles-là ... Alors peut-être que le vent les portera loin des oreilles indiscrètes ...

    « Je commence ... Hmmmm ... Un souvenir ... Très cher grenier, je laisse en ton enceinte le souvenir du jour de mes 8 ans, où j'ai reçu ce fantastique journal de la part de Maman ... Qui m'a permis d'écrire tant de choses jusqu'à ce jour ... »

    Puis me retournant vers lui je lui faisais signe de poursuivre. Idiot ? Non, je n'aurais pas dit ça. Juste un peu gamin, ça je l'accordais bien volontiers. Mais un esprit d'enfant est une chose tellement rare et précieuse de nos jours, que pour la retrouver ne serait-ce qu'un instant, on ferait bien des folies ...

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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Sam 14 Aoû - 16:58

Vann était-il réellement un être sans substance propre, pareil à une boîte uniquement apte à emmagasiner des souvenirs sans jamais être capable d’exercer sa volition de quelque manière que ce fût ? C’est qu’à le voir si souvent d’un stoïcisme littéralement ataraxique, on aurait pu légitimement le croire aussi insignifiant qu’un vague fantôme vagabond, mais le fait était que le flegmatique garçonnet avait bien davantage de ressource qu’un rôdeur qui se serait laissé vivre. Humble simplement, silencieux par nature et discret par habitude, il avait appris, aussi bien par l’expérience que par goût naturel, à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, et se contentait donc de peu, grignotant tranquillement les petites miettes de bonheur qu’il pouvait trouver sur son passage sans s’imaginer pouvoir en demander plus.
C’était ainsi qu’il avait développé cette tendance, cette capacité, à rester toujours en marge de la société, invisible ou tout du moins inintéressant, ne trouvant pas de plus grande satisfaction que dans la récolte de belles choses à percevoir ; choses qu’il gardait vivantes en lui comme l’arbre puise la sève du sol.

Ainsi n’avait-il nullement à se plaindre de sa situation actuelle, même si son apparence de marbre n’affichait aucune émotion en particulier. Toutefois, en le connaissant mieux et en l’observant plus attentivement, on aurait pu déceler en lui quelque chose qui pourrait se rapprocher de l’attitude d’un chat ramené en position assise sur ses quatre pattes, calme, digne et vigilant. Une main étrangère trop insistante pourrait le faire fuir, mais pour l’heure, son regard se pose alentours sans nul tourment visible dans ses troublantes prunelles étrangement pénétrantes, les paupières en position de repos.
Aussi immobile qu’un hibou posté tout à son aise sur le branche d’un arbre en guise de poste d’observation, il paraît ne prêter guère d’attention à ce qui l’entoure, mais le léger lustre qui parsème son iris laisse entendre qu’il est comme à l’accoutumée tout yeux tout oreilles, ne laissant pas échapper une miette de ce qu’il y a à écouter, à voir ou à sentir.

A la proposition de la demoiselle, il n’apporta pas de réponse, si ce ne fut un haussement d’épaules aussi léger et bref que le frémissement d’un gazon sous un souffle de vent, signifiant en version littéraire et en extrapolant un peu : « Ma foi, ce n’est pas dans mes habitudes, mais si vous le proposez, cela ne me paraît pas être une mauvaise idée en soi, pour peu que vous vous prêtiez également à l’exercice. D’ailleurs, afin que je puisse être plus précisément au courant de ses tenants et de ses aboutissants, pourriez-vous avoir à mon égard l’obligeance de démarrer la première si cela ne vous dérange pas ? ».

Sa voisine eut l’air de le comprendre fort bien, puisque après un petit moment de silence observé sans doute par égard envers les convenances d’un tel jeu, elle se lança, et sema un premier souvenir de sa petite voix féminine, résonnant dans la vétuste pièce comme suscitée par de légers coups d’archet, en une déclaration qui en aurait sans doute fait ricaner plus d’un.
Mais en ce qui concerna l’unique spectateur présent, il n’y eut pas la moindre ébauche de sourire ni de quoi que ce fût d’autre qui se dessina sur son visage, la tirade ayant l’air de lui avoir glissé dessus de la même manière que de l’eau sur un rocher. La métaphore n’était pas inadéquate, sauf qu’en l’occurrence, comme passée à travers le tamis d’un chercheur d’or, la phrase ne s’était pas envolée sans laisser dans l’esprit du gamin son essence qu’il prit soigneusement le temps de digérer avec la même patience et la même circonspection qu’un goûteur.
Il n’est pas impossible qu’il n’eût pas tout compris tant les notions mentionnées étaient éloignées de celles qu’il avait pu cultiver durant sa propre jeunesse, mais il ne parut pas pour autant insatisfait de ce que la donzelle avait eu à offrir en guise de part de leur marché.

Les secondes s’écoulèrent sans un bruit alors que l’enfant explorait son propre grenier, celui de ses remembrances, prenant le soin d’en choisir une qu’il put juger adéquate avant de la porter à ses lèvres. Les sons de violon firent place à ceux d’une discrète flûte alors que le passé ressurgissait pour un bref instant :


Vann a alors dix ans, et alors qu’il s’éveille d’un sommeil léger, emmitouflé dans une grosse couverture miteuse, il voit le jour se lever à travers les panaches de la Vieille Enfumée. C’est le printemps, et malgré un temps mesquinement frisquet, l’aube est particulièrement pittoresque en ce début de matinée.
La voix d’une femme d’âge mûr se fait alors entendre, et même si elle n’est pas particulièrement douce, juste ou agréable ; même s’il ne comprend pas ce chant, Vann l’apprécie.
La cantatrice d’un instant poursuit son interprétation, et le soleil s’élève lentement dans les nuées comme un gros lampion rosé sur le théâtre du monde. Vann regarde et écoute.
C’est beau.



A peine troublé par l’intervention du petit homme, le silence retombe. D’un coup sec et machinal de la tête, le garçon ramène une mèche rebelle sur le côté de son visage, et ce faisant, fixe son regard un peu plus haut, en direction du plancher crevassé. A travers les multiples fentes creusées par le temps, le soleil de fin d’après-midi insuffle doucement ses rayons, lesquels semblent luire d’une luminescence similaire à celle évoquée dans le souvenir, accentuant subrepticement l’enchantement suscité par le bref récit.
Puis ite missa est, et déjà, en quelques brèves secondes, la page est tournée sans bruit, s’ouvrant sur un nouveau morceau d’histoire, vierge et prête à être remplie.
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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Jeu 9 Sep - 17:27

Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore.  
[George Gordon, Lord Byron]

    Souvenir, Souvenir … Simple petite bulle de pensée, moment vécu mais oublié, qui vient se rappeler à notre mémoire en des instants qui n'y sont pas toujours appropriés. Parfois, cependant, ils viennent au bon moment. On évoque des souvenirs et ce qui était au début comparable à l'ascension d'une falaise abrupte et écaillée devient soudain comme la descente de chutes d'eau vertigineuses. Tout s'enchaine, on n'a pas le temps de voir venir une chose qu'elle s'est déjà passée, laissée loin derrière. Heureusement pour moi, je ne suis pas du genre bavarde ni expansive et démonstrative. Sinon mon discret ami connaitrait déjà tout ce qui m'est passé par la tête, à savoir plus de la moitié de ma vie.

    A vrai dire, le premier souvenir que j'avais évoqué était loin d'être très important pour moi. Certes ce journal m'avait servi, mais il ne faisait pas partie des grands moments de ma vie, ou du moins je ne le considérait pas comme tel. En réalité c'était surtout un souvenir « pratique », que je pouvais sortir quand il fallait évoquer son passé et que je ne voulais pas évoquer les vrais passages importants de ma vie. Une sorte de carte qu'on sortait, un atout qui permettait de passer son tour. Le problème était qu'il fallait maintenant que je réfléchisse à ce que j'allais sortir. Je n'en avait pas trois millions des souvenirs comme ça, et une fois le joker passé, je ne pouvais ire à l'autre « Ah, non, désolée, je n'ai pas envie d'en dire plus. On arrête ? » Bon, d'accord, vous avez raison, j'aurais pu le lui dire. Mais je ne voulais pas, pour une raison étrange. Il ne me restait plus qu'à trouver un souvenir potable à raconter … Plus facile à dire qu'à faire, en effet. Il fallait conjuguer un souvenir partageable avec un souvenir non niais, et si trouver l'un sans l'autre relevait du possible, trouver les deux en même temps se révélait bien plus ardu.

    Mon partenaire ne semblait pas avoir ce problème. Avait-il vécu une vie toute plate, sans grand incident ? Non, j'en doutais. C'était juste qu'apparemment il arrivait à se souvenir plus facilement des bons moments que moi, à moins qu'il n'en ait vécu plus que moi.. Pessimiste ? Oui, je l'étais sans doute un peu. Bon, d'accord, je l'admets, beaucoup. Et même si je pensais avoir de très bonnes raisons de l'être, je savais que dans la grande majorité, je ne faisais que me mentir. Mais que voulez-vous, la situation de victime est tellement plus satisfaisante. Responsable de rien, toujours à accuser les autres … une sorte de belle vie, quoi.

    Je ne voulais pas le faire s'impatienter, même si je doutais que cela soit son genre d'être curieux ainsi envers la vie privée des gens et de presser les autres pour en savoir plus. Je finis par fermer les yeux et regarder passer le film de ma vie, laissant sur pause certains moments avant de remettre play et d'enfin trouver un souvenir passable.

    « Cher grenier, je laisse à tes bons soins le jour de mon arrivée ici avec mon frère. Prélude à de nombreuses aventures ... »

    … Pas toujours très bienvenues. Ce jour était celui qui avait marqué un grand tournant chez moi. Pas forcément dans ma vie, le plus grand restant pour moi mon arrivée et mon adoption par la famille Farely, mais ce jour avait été celui qui avait amené tous ces changements. L'annonciateur de la rupture fraternelle, du schisme familial. Moi ? Dramatiser ? Oh, si peu … Cela dit, je doutais de pouvoir un jour recoller les morceaux … Bref, le souvenir était sorti. On fait plus explicite, je vous l'accorde, mais lui aussi avait dû vivre cette journée, et je ne voyais pas l'utilité de décrire l'arrivée : la grille noire, le bâtiment sombre, les frissons qui vous prennent … Heureusement que je n'étais pas seule d'ailleurs, parce qu'à l'époque, j'en aurais sûrement hurlé ...

    Mon tour était passé, ce n'était plus à moi de parler. du coin de l'œil je surveillais sur ma montre le temps qui passait. Il commençait à se faire tard, il ne faudrait pas tarder à regagner nos dortoirs ... Non pas que cela me gêna de rester avec lui ou de passer la nuit ici, mais j'avais encore des choses à faire avant de dormir, des choses qui ne pouvaient pas attendre 2 heures du matin, et donc à faire avant ...


{Désolée pour l'attente ><}

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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Lun 13 Sep - 18:56

Si les souvenirs peuvent être comparés à des grains de poussière disséminés dans les vastes étendues de la pensée, alors Vann pouvait être comparé à une boule de poussière, image qui seyait d’ailleurs fort à son allure atypique et à son apparence peu reluisante. Immense agglomérat de mémoires diverses, il roulait au gré des courants de la vie, foulé aux pieds et balayé de-ci de-là, mais jamais réellement diminué, ne s’évanouissant que pour reparaître un peu plus loin, hors du champ d’intérêt d’autrui.
Dans les recoins, sous les chiffons, derrière les meubles, il se posait en une indolente masse de quelque chose d’absolument banal devant laquelle les gens passaient sans prendre garde de ne pas laisser échapper quelques remembrances sur leur passage. De ses mains graciles, le garçon se saisit alors de ces précieuses petites perles, et tel un marchand de sable se berçant de toutes les mélodies qu’il a emmagasinées, il rêve de ce qui a été.

C’est ainsi que se présentait le petit bonhomme de chiffon devant la poupée gothique, les deux formant ainsi un duo qui ne dépareillait pas avec tout ce que l’on pouvait trouver dans ce grenier à jouets tant ils auraient pu paraître n’être rien d’autre que deux mannequins issus de l’imagination d’un étrange artisan. De là résultait une scène dont le garçonnet gravait lui-même l’aspect dans son cerveau au fur et à mesure que celle-ci se déroulait, lui offrant ainsi de quoi ajouter encore une belle pièce de plus à son étrange collection immatérielle.
Oui, les récits que la demoiselle partageait avec lui étaient importants à ses yeux de connaisseur, bien évidement, mais ce qui l’était encore plus était le tout que leur entrevue formait : ce rendez-vous inopiné qu’ils s’étaient inconsciemment donné pour touiller ensemble le chaudron du passé, remuant la mixture des souvenirs pour la goûter chacun à son tour ; il n’était pas prêt d’en laisser filer la représentation de son esprit.

De là l’attitude attentive du petit être tout de muette contemplation fixant silencieusement son associée narratrice, elle-même occupée à faire défiler sans un bruit devant elle sa propre vie pour faire en sorte d’y dénicher quelque chose à exposer. Se fondant presque avec le décor tant il n’était qu’un enfant poussiéreux au milieu d’une pièce poussiéreuse, il la regardait sans mot dire, d’une façon que l’on aurait aisément pu juger stressante eu égard à l’allure irrévocablement observatrice de ces grands yeux noirs.
Beaucoup se seraient probablement sentis mal à l’aise en compagnie d’un drôle de cette trempe, mais la jeune dame en noir n’en parut pas plus affectée que cela, soutenant une telle extrospection vigilante sans chercher à s’en détacher. Après un moment de mutisme prolongé dont Vann ne parut pas plus se formaliser que si elle avait pris le temps de s’éclaircir la gorge, elle prit la parole, son voisin tendant alors l’oreille avec application pour recueillir scrupuleusement les propos imagés qui allaient suivre…

Légère déception pour le garçon qui n’eut en guise de conte qu’à ratisser de bien maigres miettes allusives devant l’initiative bien peu concluante de la squelettique personne. Lui qui s’était attendu à bénéficier de quelque récit inédit, il lui était en réalité contrariant de n’avoir à se contenter que de cette mise en bouche d’autant plus frustrante qu’elle faisait allusion à bien d’autres évènements survenus à sa suite. Un instant, ses iris charbonneux luirent d’une fugace déception, alors même que ses sourcils se fronçaient imperceptiblement et que sa bouche se plissait un infime instant en une moue désapprobatrice ; autant de signes qui resteraient les seuls indices de cette émotion qui s’était affichée de manière passagère sur son visage.

Voilà qui lui donna cependant de quoi ressasser : ce jour, celui de l’arrivée dans ce lieu dont il n’aurait pu auparavant concevoir l’existence, il s’en rappelait bien, et pour cause, c’était le seul clair qu’il avait avant une période où tous ses autres souvenirs n’étaient qu’un vague ensemble flou. Entre ses derniers jours à Edimbourg et son arrivée à l’orphelinat, il y avait comme un indicible et impénétrable brouillard dans lequel il n’était entré que pour en ressortir confus et indécis, son attention aussitôt happée par l’immense bâtiment aux allures de château devant lequel il s’était retrouvé.
L’idée de se voir dépossédé d’une partie de sa mémoire l’avait pendant un bon moment frustré, puis, voyant que malgré ses efforts, il ne pourrait rien faire pour n’eusse été que commencer à y remédier, il avait fini par abandonner et par s’y faire. Plutôt que de se heurter interminablement à un obstacle manifestement insurmontable, son indolence naturelle l’avait poussé à hausser les épaules et à ne plus s’en soucier pour se concentrer comme à son habitude sur le présent, sur ce qu’il pouvait découvrir plutôt que sur ce qu’il ne pouvait pas redécouvrir.

Et sa nouvelle résidence lui avait donné en cela bien de la matière à observer, guetter, épier, pour toujours en voir plus, ses investigations s’avérant similaires à celles de l’exploration d’une cavité souterraine labyrinthesque en cela qu’elles mettaient sans cesse à jour de nouveaux boyaux, de nouveaux conduits qui donnaient sur d’autres endroits inconnus. L’effet était vertigineux, mais convenait parfaitement à Vann qui, inlassablement, cherchait de quoi assouvir son insatiable curiosité, rôdant ici et là à la façon d’un insaisissable et indistinct fureteur. Sans hâte, avec la méthode qui sied à ceux qui n’ont ni hantise ni espoirs particuliers, il creuse toujours plus profondément sans voir le bout d’une telle démarche, perspective qui, bien au contraire de le décourager, le contente et le stimule chaque jour.

En l’occurrence, son appétit de trouvailles le faisait se poser bien des questions à l’égard de sa compagne de jeu, mais, aussi réservé et peu communicatif que d’habitude, celles-ci ne franchirent pas les frontières de son esprit, attendant patiemment que les réponses vinssent un jour ou l’autre. Pour le moment, il devait remplir sa part du ludique contrat qu’ils avaient passé, et les pensées qu’il venait d’entretenir lui en donnèrent justement la substance, sa bouche aux minces lèvres s’ouvrant pour déverser en un flot ténu une nouvelle histoire délivrée sous forme de patois écossais :

C’est au détour d’un couloir si peu fréquenté que la poussière l’a tapissé qu’il a mis à jour une porte malmenée par l’usure. Se faufilant à travers un passage aménagé par le temps dans cette relique de passage, il découvrit alors un escalier tout moisi empli d’un tel silence que le bruit pourtant si infime de sa respiration avait pu lui paraître grossier.
Progressant avec prudence, il n’a toutefois découvert au terme de cette courte descente ni dragon, ni monstre, ni fantôme, mais une pièce si humide et enténébrée qu’elle méritait bien le nom de cave, n’étant éclairée que par quelques rais de lumière extérieure entre des pierres disjointes.
Là, se découpant indistinctement comme lors d’un jeu d’ombres chinoises, tout un amoncellement de plantes, de mousses, de champignons, l’ensemble formant une sorte de potager sauvage surnaturel. Pas grand-chose à voir, mais l’odorat peut lui découvrir d’innombrables parfums divers de façon si envahissante que l’expérience en est presque étourdissante.
Vann sent.
C’est beau.


Et encore une fois, dans l’obscurité de plus en plus envahissante à mesure que le soleil se couche, il n’y a plus qu’à laisser se faire l’effet de l’humble récit dont la narration paraîtrait presque pouvoir faire naître ça et là les fragrances évoquées. De fait, le jeunot n’a rien d’un conteur émérite, mais ses histoires n’en restent pas moins véridiques, et charrient donc dans les mots qu’il prononce toute l’honnête entièreté d’un passage de sa vie rendu en toute franchise.

(Y'a pas d'mal !)
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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Dim 7 Nov - 2:18

Si on fait le vide autour d'un souvenir, il ne reste plus rien que ce souvenir dans l'infini qu'on a, et ce souvenir devient l'infini.
[Réjean Ducharme]

    Inlassablement, les minutes s'écoulaient au rythme des souvenirs. J'avais bien vu que je l'avais déçu avec ma dernière pensée, mais, placide, il n'avait rien dit et 'en était contenté. Brave petit. J'avais presque envie de le recruter, tiens. Silencieux, invisible, à l'écoute de tout, se contentant d'un rien, ne posant aucune question … ma parole, il était parfait !

    Enfin non. Nul n'est parfait. Mais à première vue il le semblait assez … Fourbe. Cachait-il un jeu quelconque, comme un joueur de poker ? Je n'aurais su dire pourquoi mais j'en doutais fortement …

    J'en étais là de mes pensées lorsqu'il reprit. Sobre, comme les autres fois. Avait-il réellement vécu tout ça, ou bien n'étaient-ce que des inventions qu'il imaginait au fur-et-à-mesure ? L'idée me traversa soudain l'esprit que son apparente innocence n'était peut-être qu'un masque. A vivre entourée de mannequin, jouant moi-même la comédie, on en devient persuadé que la vie n'est qu'un grand théâtre. Sans doute n'était-ce que pure paranoïa de ma part, mais je sentis un malaise monter en moi. N'ayant nulle envie de devenir insupportable et donc de me brouiller avec lui pour ce qui n'était, sans doute, que des inepties, je me levai. Avec lenteur, comme si sortir de cette espèce e torpeur qui nous avait enveloppés demandait un effort intense.

    « Il commence à se faire tard, et je ne voudrais pas te causer d'ennuis avec les surveillants des dortoirs. Je propose donc que nous nous arrêtions maintenant, quitte à nous retrouver un autre jour ... »

    Lorsque je serai un peu moins paranoïaque.

    J'attendis une quelconque réponse, un avis sur la proposition que je venais de faire, à savoir nous revoir plus tard. Il pouvait après tout très bien refuser, je le comprendrais parfaitement. J'attendis jusqu'à ce qu'il m'en donne une, puis hochait la tête en guise d'assentiment avant de me diriger vers la sortie.

    « Je vais te montrer la sortie dans le couloir des dortoirs, c'est moins grisant que monter par les toits, je te l'accorde, mais c'est moins dangereux. »

    Je m'éloignai du décor de théâtre, retournant sur mes pas en slalomant autour des murs du grenier, finissant par arriver devant l'encadrement d'une porte. Je tournais la poignée, tout en indiquant à mon compagnon de route temporaire la façon de l'ouvrir depuis l'extérieur, puis le laissait passer devant pour descendre les marches poussiéreuses menant au couloir des dortoirs. Au moment de la refermer, je m'arrêtais dans mon élan.

    « Cher grenier, je laisse en ton antre le souvenir de cette soirée riche en souvenirs … oui, mémorable. »

    La dernière phrase était murmurée, l'histoire pouvait reprendre son cours, et le temps reprit ses droits au moment ou la porte se fermait sur le grenier dans un clac doucement chuchoté à l'attention des poupées présentes, qui redevenaient maîtresses des lieux.



[Walah, encore désolée du temps de réponse, et du truc tout nul qui sort d'autant d'attente, mais j'ai vraiment séché >< Pour moi le RP s'arrête là, mais si tu as envie de faire encore un post pour clôturer de ton côté, je t'en prie ^^]

_________________
Les caresses n'ont jamais transformé un tigre en chaton.
[Franklin Delano Roosevelt]

Une question Invité ? Si elle n'est pas résolue ici alors MP-moi, je te répondrai !
~ N'hésite pas, je ne mords presque pas ! ~

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MessageSujet: Re: Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]   Aujourd'hui à 4:51

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Temps passés Trépassés [PV Kathleen Farely]

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