"Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]


Quand la faucheuse réclame son dû...
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 "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]

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The Raven Heart's Queen
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| H e r e . s i n c e : 13/01/2010

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MessageSujet: "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]   Jeu 1 Juil - 1:24

    L'exactitude est la politesse des rois. Ou dans ce cas là de la reine. La grande horloge dans le réfectoire annonçait très exactement 19h. Pas une minute de plus ni de moins. Par miracle, elle avait put s'éclipser en toute discrétion. Loin de l'effervescence presque frivole et monotone de toute sa cour. Ou de ces vautours comme elle les appelait vulgairement. Oui, vous savez tous ses parasites qui gravitent autour d'elle dans l'espoir d'attirer un peu d'attention. De véritable sangsues qui se croient tout permis à partir du moment où ils sont dans l'ombre de Scarlett Starling. Sans doute, n'avaient-ils pas tout à fait tort. Mais quoi qu'il arrive, pour elle, ils restaient définitivement inutiles. Tous autant qu'ils sont. Le temps du quart d'heure de tranquillité avait sonné. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle s'était levée sans dire un mot. A peine avait-elle passé le pas de la porte, qu'on pouvait déjà voir sa longue crinière blonde platine tourner au coin du couloir. Rapide, me direz vous. En fait, elle n'aurait pas voulu qu'on la suive, un peu de calme n'était pas de trop. Oui après tout la célébrité c'est comme tout le reste on fini par s'en lasser. Quoique dans son cas, il y avait des limites dans le fait de se faire oublier. L'obscurité va bien un moment. Néanmoins la lumière est toujours bien plus intéressante à côtoyer. N'est-ce pas que cela faisait ressortir son charme ? Mais pour l'instant elle se conterai d'un peu de silence. Elle se rattraperai un autre jour. A quel moment devait sortir le journal de l'orphelinat, déjà ? Elle le savait bien, dans très peu de temps, sa photo serait étalée à la une. Sous-titré par un énième scandale, préparé avec attention par cette petite langue de vipère. Cette pensée la fit sourire. Un rictus à faire froid dans le dos, à mi-chemin entre satisfaction et avidité.

    Clic. Clac. Tel était le son de ses hauts talons sur le parquet impeccablement ciré du couloir qui menait jusqu'à la bibliothèque. Non ce n'était pas un endroit anodin, surtout pas à cette heure. Elle foula avec délicatesse le sol de la réserve de livre. Oui tout en douceur, car elle savait que derrière cette pièce se dissimulait une part des enfers. Et Cerbère l'attendait de l'autre côté. En parlant du loup. Ou du chien. Elle était là assise derrière son bureau, ces petites lunettes rondes sur le nez et son air renfrogné collé à l'affreux masque ridé qui lui servait de visage. La demoiselle pris sa respiration et arbora son plus beau sourire hypocrite. Maintenant, elle pouvait le clamer: la bouche des Enfers avait un nom. Miss Komber.

    « Bien le bonjour, Miss Komber. Vous êtes absolument radieuse aujourd'hui. Vous semblez vous porter comme un charme. »

    Un simple grognement en guise de réponse. Charmante. Oui, elle était radieuse. Aussi radieuse qu'un cadavre en décomposition. Ça c'est sans doute ce qu'elle aurait dit si elle avait été moins hypocrite. Ou moins bien élevée comme on dirait dans son monde. Comme prévu, à cette heure-ci: personne à l'horizon. Les tables et les rayons étaient désespérément désert. La jeune fille fit mine de regarder autour d'elle les livres environnants pour ne pas attirer les soupçons sur elle. Elle s'enfonça un peu plus dans les rangés garnies de livres plus hétéroclites les uns que les autres. Un capharnaüm minutieux. Tandis qu'elle avançait, ses doigts effleuraient légèrement les tranches des couvertures, jusqu'à se stopper au hasard sur un gros livre, bloqué entre deux énormes encyclopédie. Tient pas de titre à celui-là. Étrange. Elle tira le bouquin avec le peu de force qu'elle détenait, laissant s'échapper une multitude de particules de poussières autour d'elle. Depuis quand n'avait-il pas été sortit de son étalage ? Fort longtemps apparemment. Elle emporta sa curieuse découverte sur une table cachée du regard du gardien des enfers. Ce n'était pas qu'elle avait une envie folle de lire c'était juste qu'elle attendait impatiemment le moment de la délivrance. Les yeux rivés sur la petite horloge aux tic tac incessants, elle savait que c'était pour bientôt. Accoudée à la table, les mains dans les cheveux, le regard dans le vide, elle s'ennuyait déjà.

    Au bout de quelques minutes d'attente son regard glissa sur le livre en face d'elle. C'est qu'elle l'avait presque oublié. Elle caressa la mystérieuse rune gravé sur la couverture en cuir. A vue de nez, on avait l'impression que ce manuscrit avait plus d'une centaine d'années. Pas de titre. Pas d'auteur. Juste ce signe étrange qu'elle n'avait jamais vu avant. Scarlett l'ouvrit du bout des doigts, manipulant avec précaution les fines pages jaunies par le temps. Elle feuilletait l'opuscule sans réellement prêter attention au mot. Tout le monde sait que les préfaces sont guère amusantes. Mais ce fut le nom du premier chapitre qui l'intrigua: Occultisme ou comment faire revenir les morts à la vie. Quel était donc le dingue qui avait écrit ça ? Pas étonnant qu'il n'ait pas laissé son nom celui-là. Malgré tout elle ne put s'empêcher de continuer à lire. Crâne humain. Sang. Incantation. Tout ça été stupide. Cela lui rappelait les jeux d'adolescents en manque de sensations fortes comme le fameux « esprit es-tu là ? ». Absolument hilarant. Mais pas crédible pour un sous. Quand on est mort ..c'est pour la vie, n'est-ce pas ? Sa lecture fut interrompue par un léger bruissement de chaise que l'on pousse. Enfin il était temps. Très exactement: 19h23. Cachée derrière une rangée de livres, elle regardait Miss Komb prendre sa pause habituelle, jusqu'à 19h58, deux minutes avant la fermeture. Une femme bien pointilleuse sur les horaires. Enfin, la bibliothèque pour elle seule. Elle commença par ouvrir une fenêtre. Elle s'assit au bord regardant le soleil se coucher. Ce dernier donnait une teinte rose orangée au ciel. Scarlett alluma sa cigarette. Comment ça, on n'avait pas le droit de fumer ici ? Veuillez apprendre, qu'ici, elle avait tous les droits.

    Les pensées perdues dans un brouillard de fumée, elle restait silencieuse en réfléchissant à ce qu'elle pourrait bien faire en suite. Elle laissa échapper quelques cendres par la fenêtres. Oui, il était préférable de ne pas mettre le feu aux livres. Enfin pour l'instant. Elle faillit laisser échapper sa cigarette lorsqu'elle entendit des bruits de pas derrière elle. Il n 'était pourtant pas 19h58. Elle tourna la tête lentement. Pourvu que cela ne soit pas Cerbère. Et bien non, ce n'était pas cette affreuse bibliothécaire,mais une jolie petite tête blonde. Candide à souhait. Elle jeta sa cigarette par la fenêtre. Elle fit un petit sourire à l'inconnu, tout en sifflant très légèrement quelques mots entre ses dents:

    « Nous sommes bien d'accord, tu n'as rien vu. »

    Elle le dévisagea un instant. Gentil petit garçon. Aussi blond qu'un ange. On était passé des enfers au ciel. Bientôt ils referaient le chemin inverse ensemble, parole de Starling.


Dernière édition par Scarlett Starling le Lun 5 Juil - 23:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]   Ven 2 Juil - 17:27

La posture nonchalante, Evan était paresseusement allongé sur son lit, à plat ventre et l’attention capturée par le livre qui reposait contre son menton. L’azur de ses yeux était doucement humide, reflétait avec émerveillement ce monde féérique dans lequel l’enfant s’aventurait à mesure qu’il parcourait la sombre écriture d’imprimerie. C’était ainsi qu’il avait passé son après-midi, l’esprit littéralement et littérairement ailleurs. Son imagination s’était enflammée à la lecture de ce recueil de contes Irlandais, de longues heures durant, il avait partagé les péripéties de ces nobles héros de plume, leurs périples l’avaient tenu en haleine, il avait souffert de leurs tragédies, et désormais, alors que les dernières pages approchaient, Evan connaissait ce sentiment de vide coutumier, était étreint comme d’une tendre mélancolie… N’aurait-il pas tout donné pour vivre à son tour de telles histoires ?

Le livre dont la reliure était d’un cuir verdoyant fut doucement refermé, tout comme les paupières du jeune garçon. Un bref instant, il revisita ces épopées fantasques vécues par procuration, inventa une suite à ces aventures où enfin il aurait son rôle, avant d’être soudainement coupé dans ses folles rêveries.

« Je vais dîner, Evan. Tu viens avec moi ? » Demandait abruptement un compagnon de chambrée, brisant la magie de l’instant pour ramener son ami en ce monde bassement matériel.

La surprise se peignit sur le visage du rêveur. C’était déjà l’heure ? Le jeune garçon n’avait guère vu le temps passer. Avec une grimace qui tordit ses petites lèvres boudeuses d’une manière presque comique, l’intéressé secoua la tête.

« Je vais d’abord rendre le livre, avant que la bibliothèque ne ferme. »

Son interlocuteur haussant les épaules et filant se remplir la panse, Evan se redressa, s’étirant avec une certaine langueur avant de s’éclipser à son tour, l’ouvrage sous le bras.

Traverser l’orphelinat afin de gagner la bibliothèque, à l’heure où grondaient tous les estomacs, relevait de l’épopée pour le frêle garçon. Bousculé et submergé par des cohortes de garnements affamés, Evan se sentait l’âme du saumon nageant fiévreusement à contre-courant afin de remonter la rivière, luttant de toute sa maigre force avant de se résoudre à raser misérablement les murs. Enfin, ce n’était pas nouveau… En ce monde, pour le bien de la préservation de l’espèce, il existait des réflexes de survivance auxquels apprenaient à se soumettre tout nabot qui se respecte.
Après tout, rien n’était plus pressant, plus impérieux, que l’appel du ventre. Pour lui, on pouvait braver mille tempêtes, écrabouiller mille freluquets contre les murs des couloirs, et même – enfer et damnation ! – avaler la parodie de pudding à la stupéfiante couleur fuchsia que préparait la cuisinière pour le dessert du jeudi soir.

Evan, en fin gourmet, y avait déjà décelé la saveur de l’improbable mélange d’endives et de bergamote, toutefois, il n’était pas psychologue suffisamment doué pour comprendre quel genre de rancune tenace il était nécessaire d’entretenir contre l’univers et ses parallèles pour concocter une recette qui tenait d’une hérésie gustative aussi complète.

Soit dit en passant, il avait faim, et si à son arrivée tardive au réfectoire il ne restait rien d’autre que cette infamie faite pudding, et bien, il en mangerait, dût-il en ravager ses perceptions gustatives. Lorsque l’on avait seize ans et que l’on en paraissait treize, on ne chipotait pas sur la nourriture, Dame Croissance paraissait déjà suffisamment contrariée.

Méditatif et serrant l’ouvrage contre son cœur, l’enfant poussa doucement les portes de la bibliothèque. Pénétrer cette salle hexagonale à l’architecture goth et grotesque laissait toujours à Evan une impression lugubre, sinon malsaine. Les boiseries au plafond - sinistres diablotins efflanqués reflétés par un parquet ciré avec bien trop de zèle - paraissaient lui sourire railleusement et épier le moindre de ses mouvements. Ce sentiment de malaise s’accroissait à la nuit tombée, quand les vitres ne permettaient plus de tendre son regard vers l’extérieur et vous renvoyaient simplement votre propre image, captive de ce sordide décor.
La gorge nouée et saisi d’une légère claustrophobie, le garçon se dirigea vers le bureau de l’archiviste, et pour la première fois de sa brève existence, se lamenta de ne pas y trouver l’exécrable Miss Komber.

Et dire que la bibliothèque n’était pas censée fermer avant une bonne trentaine de minutes… Où s’était donc envolée cette harpie geignarde et empâtée ?

Se grattant la joue, une mimique embarrassée sur son doux visage, Evan fit le tour du meuble massif et récupéra dans un tiroir de quoi griffonner un mot.
D’une écriture soignée, tenant presque de la calligraphie, le jeune garçon s’appliqua à coucher sur le papier le motif de sa venue. Et il fut concis.

« Retour du Tome "Contes et Légendes du Sid", de l’auteur "A. Finnegan", soigneusement remis à sa place.
Emprunté par Evan Maxwell. »


Abandonnant son matériel d’écriture, l’enfant se mit à cheminer entre les grands rayonnages, guettant de son regard bleuté le nom de son auteur fétiche au sein de la section fantastique. Néanmoins, ayant retrouvé l’étagère où déposer son précieux butin, le freluquet dût faire face à un obstacle insoupçonné. Surprise. L’archiviste, malgré son air hargneux, son physique de limace et son absence en ce soir où il avait enfin besoin d’elle, semblait réellement faire son travail. Aussi, ayant probablement décidé d’agencer différemment les vastes rangées d’ouvrages, la lettre « F » et les divers livres de l’auteur « Finnegan » se retrouvaient précisément à deux ou trois centimètres plus haut que ce que pouvait atteindre Evan, et ce, en faisant l’effort de se déplier façon carpette.

Poussant un soupir dramatique – ô cruelle fatalité – le jeune Maxwell se lança éperdument dans le périlleux exercice, sautillant misérablement de longues minutes durant avant de s’agripper au rebord de l’étagère avec une (dis)grâce olympique. Tout cela pour dans une chorégraphie tremblotante : insérer son précieux livre dans le rayonnage, mais aussi, en catastrophe, agripper un nouveau tome du même auteur et retomber sur les fesses en lâchant une petite exclamation de douleur.

Désormais bien près du sol, les joues légèrement embrasées, Evan se pétrifia en apercevant le marchepied à quelques mètres de distance, et détourna résolument le regard. Marmonnant quelque chose comme « le marchepied n’existe pas, le marchepied est une illusion née d’un esprit faible » d’un air sombre et frénétique, Evan quitta la section fantastique.

C’est vaguement embarrassé que le garçon fit quelques pas de promenade entre les rayons désertés, feuilletant son nouvel ouvrage et se perdant dans la contemplation des illustrations soignées des personnages principaux. Fervent admirateur de cet auteur, il reconnaissait une partie des protagonistes pour avoir suivi leurs aventures dans d’autres contes, et admirait leurs graciles représentations colorées s’épanouissant sur les premières pages plastifiées.

Déambulant sans but, captivé par l’introduction fantasque où s’échelonnait la prose alambiquée mais gracile de l’auteur, le jeune garçon éternua brutalement lorsqu’infiltra ses narines un parfum âcre et étranger. Se frottant de l’index son petit nez, il releva juste à temps son regard bleuté pour voir une cigarette jetée par la fenêtre d’un geste précipité.

Curieux et interloqué, Evan détailla la personne sans gêne qui profitait de la solitude procurée par la bibliothèque pour s’intoxiquer. C’était une fille de son âge, à peu de chose près, à la peau d’une blancheur diaphane et à la longue chevelure d’une précieuse couleur platine. Ses lèvres écarlates esquissèrent quelques paroles légères, aux allures de promesse, ou de menace.

Doté d’un fort sens moral, il n’aurait pas été surprenant que le jeune garçon reporte immédiatement ce qu’il avait vu, ou bien même, qu’il tâche gauchement de convaincre son interlocutrice de mettre un terme au petit jeu qu’elle menait avec sa santé, néanmoins, après avoir contemplé la demoiselle trois bonnes secondes, Evan baissa à nouveau les yeux sur son livre.

Sans impatience, légèrement méditatif, l’enfant revint aux illustrations flamboyantes qui ornaient les premières pages de l’ouvrage, jusqu’à ce que fleurisse un sourire sur ses lèvres claires. Il présenta la double-page chamarrée à sa vis-à-vis, l’index posé sur l’un des personnages, pour finalement dire d’une petite voix candide.

« Elle te ressemble, tu ne trouves pas ? »

Le dessin en question représentait une créature féérique, dont le dos immaculé était pourvu de quatre fines ailes opalines, semblables à celles d’une libellule. Sa bouche était un bouton de rose gracile, et ses yeux, deux gemmes argentines d’une profondeur océane. Sa silhouette déliée était chastement voilée de myriades de fleurs bigarrées. Elle apparaissait, fantomatique, auprès d’un lac cristallin, dont les profondeurs semblaient curieusement jonchées de formes obscures et torturées.

La petite frimousse d’Evan était toute barbouillée d’innocence et d’un discret émerveillement. Il semblait diverti par la situation, suffisamment pour que l’infraction dont il avait été témoin s’évanouisse momentanément de son esprit. Néanmoins, il ne fallait pas parier que durerait ce caprice éphémère et enfantin.
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MessageSujet: Re: "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]   Lun 5 Juil - 23:34


    Nous avons les souvenirs que nous méritons. Tout comme la fumée, la réminiscence s'élève et l'enveloppe, l'étouffe presque. Derrière la vitre éclatante d'une tour de fer et d'acier sans fin, au tout dernier étage, une fillette rêve. Après quelques pas vers la baie vitrée, elle voit disparaître petit à petit son reflet, laissant place à une image claire et fixe d'un ciel d'été. A ses pieds la ville. Et de toutes petites fourmis qui se pressent dans tous les coins. Les yeux dans le vide: que peut-il bien se passer dans la tête d'une enfant de six ans à peine, à cet instant même? Maintenant tout cela semble bien trop lointain. Toutes ces idées se sont envolées dans les méandres de la mémoire oubliée. Sans importance. Sans intérêt. Ses petites mains se referme sur un livre d'images. L'histoire d'un vaillant chevalier, d'une princesse en détresse, d'une romance presque impossible, de monstres et d'épreuves terrifiantes, faisant trembler et rêver tous les enfants du monde. Oui, même cette fillette au sommet de son gratte-ciel dans une salle de réunion désespérément déserte et froide. Elle quitte un instant la fenêtre et son illusion de grandeur et de domination. Assise au fond d'un fauteuil de bureau gigantesque, elle laisse ses pieds se balancer et lentement glisse dans sa lecture, vers un autre monde. Son monde. Le vague à l'âme, elle contemple les dessins d'une extrême précision. Des créatures fantastiques dans une aventure épique. Et peut-être qu'elle aussi, dans sa tour, elle était comme cette princesse au long cheveux prisonnière d'un donjon. Soudain la porte s'ouvre violemment. La fillette se lève et baisse la tête en signe de respect et de repentir. Ses yeux se ferme une fraction se seconde, redoutant la punition. Le bruit des semelles de chaussures vernies de luxe se rapproche d'elle. Elle n'a pas le droit d'être ici. Elle le sait. Une main se lève. La joue rougie par le choc, elle ne dit toujours rien. Pas un cri. Pas une larme. Pas une protestation. On lui enlève son livre des mains avec agressivité. Elle le regarde déchirer les pages, l'une après l'autre. Pas une protestation. Pas un cri. Juste une larme. On l'emmène à l'extérieur. Elle se retourne vers son père, assis, le regard tourné vers l'extérieur, tandis qu'un bras inconnu la force à avancer. Dans la tête de la petite, la dernière phrase de l'empire paternel résonne encore. Ce n'est pas avec ce genre d'histoire qu'on devient grand. C'est par la force avec laquelle on s'accroche à la réalité qu'on peut devenir quelqu'un. A six ans, elle a compris, que dans cette famille, il n'y avait de place que pour l'entendement, le pouvoir et l'argent. L'image s'estompe. Il y a des souvenirs qu'on ne partage pas.

    Le vent frais du crépuscule s'engouffrait dans la bibliothèque, soulevant doucement sa longue chevelure blonde. Une absence. Pendant quelques secondes, elle n'était plus là. Elle n'était plus elle. Du moins plus celle qu'elle était désormais. Néanmoins son regard ne s'était pas détourné du jeune garçon. Que venait-il de dire ? Des bribes de mots lui revinrent à l'esprit. Se moquait-il d'elle ? Une fée: l'avait-il vraiment bien regardé ou vivait-il dans un rêve permanent ? Un petit sourire grimaçant sur les lèvres, elle s'approcha du blondinet d'une démarche pesante mais douce. La main sur le livre, elle regardait l'illustration d'un œil quasi dédaigneux. N'était-il pas trop vieux pour ce genre d'histoire ? Ses yeux parcourait trait par trait le dessin de la fée aussi blonde que la lune. Son doigt glissa sur les ombres torturées prisonnières au fond du lac. Elle n'était pas cette créature d'une beauté pure et chaste. Elle ressemblait d'avantage à ces formes inconsistantes, prêtes à disparaître au moindre mouvement de l'eau cristalline. A vrai dire, elle n'avait rien des chimères fantasques aux ailes d'argent qui se penchent sur les berceaux des princes et des princesses pour les combler de dons plus magnifiques les uns que les autres. Non, dans cette histoire, elle aurait été la noire majesté des forces obscures, courroucée de ne pas voir été invitée. La jeune fille tourna quelques pages. Un chevalier aussi blond que les blés sur son destrier blanc apparu devant elle. Pathétique. Elle s'empara du livre et le referma sèchement. Scarlett pinça ses lèvres d'un rouges vifs avant d'ajouter d'une petite voix presque trop mielleuse.

    «Je ne crois pas,non... En tout cas, ces histoires ne m'ont jamais vraiment intéressé. Aussi loin que je m'en souvienne. »

    Menteuse éhontée. Elle n'avait même pas sourcillé en disant cela. Comme si, ne pas dire la vérité était devenu un acte anodin, quotidien. Une simple formalité. Elle jeta un coup d'œil sur la couverture. Contes et Légendes. On aurait du appeler mythomanie organisée. Qui avait besoin de se raccrocher à des affabulations grotesques pour exister ? L'imagination est maîtresse d'erreur et de fausseté. Un jour elle avait entendu quelqu'un dire qu'un enfant n'a pas besoin de contes pour savoir que les dragons existent car il le sait déjà. La seule chose qu'il apprend c'est qu'on peut les tuer. C'est peut-être là la seule force de ces histoires. Mais au fur et à mesure que les années avaient passé, elle trouvait que cette réflexion perdait en sens et en intensité. La vie seule nous apprend que les dragons existent et ses obstacles nous font comprendre qu'on peut les tuer.

    Elle remit le livre sur une étagère au hasard qui se trouvait à côté d'elle. Un coup d'œil sur l'horloge. Dix-neuf heure quarante trois. Il lui restait un peu de temps encore avant l'arrivée de cette vielle mégère de bibliothécaire. Tant mieux pour elle. Peut-être pas pour lui. Mais qu'allait-elle bien pouvoir faire, maintenant que sa pause cigarette avait été interrompue inopinément par l'arrivée du jeune homme. Elle soupira intérieurement. Elle ne pouvait pas laisser passer ça, sa réputation en aurait pris un coup. Et si ce n'est elle, son amour propre aurait été blessé également. Alors il devait payer. Elle n'avait pas d'idée dans la tête. Du moins pas encore. Mais, Scarlett en était persuadée: bientôt elle en aurait une. Et le garçon risquait de ne pas apprécier. Une idée venait de germer dans sa tête. Vous savez comme des ronces. Ces plantes indésirables qui reviennent sans cesse quoi que l'on fasse et qui vous barre la route. Oui, dès lors, elle savait déjà le déroulement des prochains événements. Et si l'on jouait à « fais-moi peur ». Ça serait sûrement facile, il n'avait pas vraiment l'air d'un preux chevalier. Courageux et téméraire. Face à lui, elle pencha un peu la tête en souriant gentiment. Avec bien plus de complaisance qu'elle aurait dut, étant donné son nouveau plan.

    « Tu t'y connais en légendes et autres mythologies je suppose, non ? Je suis même sûre que tu sais pas mal de choses en... magie.»

    Sa phrase resta un instant en suspend, laissant une petite part de mystère à ses actes futurs. Elle attrapa la main du blondinet et l'entraina derrière elle. Derrière une étagère à l'abri des regards, elle se plaça devant la table où elle avait laissé son bouquin grand ouvert. Scarlett tourna les pages jusqu'au prochain chapitre. En lettre capitale s'étendait un seul et unique mot: spiritisme. Ou comment discuter tranquillement avec les morts. Les tables tournantes, le ouija, les verres, l'écriture automatique. Intérieurement elle jubilait. La pression allait monter. Elle appuya sur les épaules de l'adolescent pour le faire s'assoir, avant de susurrer doucement à son oreille.

    « Tu crois qu'on pourrait communiquer avec les esprits avec ça ? »

    Elle essayait de garder un air très sérieux, histoire de lui faire croire qu'elle prenait cette ouvrage avec un grand scrupule. Après tout, ses talents de comédienne n'avaient pas cessés de s'améliorer depuis ses dernières années, en fait depuis son arrivée à l'orphelinat. De toutes façons: à dire trop souvent la vérité, on finit par ne plus nous croire.

    Après un crissement léger de chaise, elle s'assit en face de lui. Les mains posées sur ses joues et les coudes sur la table, elle le dévorait littéralement du regard. Son regard gris se faisait insistant et pesant, tandis que son visage rayonnait. Non pas de bonheur mais de satisfaction à savoir que sa vengeance était proche. Cette douce odeur de revanche qui planait, mêlée à la satisfaction d'avoir un nouveau jouet entre ses mains pour se divertir. Douce et petite marionnette tenue par de fins filins. Que se passera t-il si on les coupe ? Qui vivra verra. En attendant, elle regardait le résultat de sa petite expérience. Partira, partira pas. Dans un cas ou dans l'autre le cobaye était piégé. A lui de voir comment il voulait que les choses tournent. L'étau macabre se referme sur l'agneau. Qui a peur du grand méchant loup ? C'est pas nous, c'est pas nous... c'est peut-être vous ?

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MessageSujet: Re: "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]   Mar 13 Juil - 16:10

C’est une étincelle de surprise qui s’alluma dans le regard du jeune Evan, lorsque sans aucune délicatesse, on lui arracha son livre des mains. Envahi par un étonnement léger ainsi que par une petite bouffée d’indignation, ses cils dansèrent comme deux pétillants papillons, détaillant d’un air stupéfié la demoiselle qui feuilletait son ouvrage avec brusquerie. De chétives paroles de protestation s’esquissèrent sur les lèvres claires du garçon, aussitôt terrassées par le bruit rude et sec du livre que l’on referme vivement, presque avec dédain.
Interloqué, le tendre rêveur demeurait coi, se laissant pénétrer des paroles dépourvues de fantaisie de la chapardeuse, pourtant prononcées avec une étonnante douceur.

« Elle ne croyait pas, n’avait pas d’intérêt pour les histoires. »

C’était là une poignée de mots qui sonnait de façon bien terne aux oreilles d’Evan, peu importait le suave velours dont elle enrobait ses phrases, elles étaient pour le jeune garçon d’un gris insipide, monotone, aussi nébuleux et nocif que la fumée blafarde de cigarette dont la fine fragrance persistait dans l’air.
Pourquoi avait-elle répondu ainsi ? De cette femme doucement empreinte de féérie, l’escamoteuse avait pourtant la silhouette, et la même chevelure, dansante et satinée. Elle lui ressemblait, et dans le lac grisé de leurs regards, miroitait ce même éclat mélancolique, un peu triste et acuminé. Ou peut-être… était-ce juste un tour que lui jouait son imagination juvénile ? Maintenant qu’il y songeait, Evan aurait bien aimé qu’on lui rende l’ouvrage afin de pouvoir à nouveau se plonger dans le cœur majestueux de ces illustrations délicatement enluminées. Malheureusement, la demoiselle, fruste et sans manières, ne semblait pas projeter de le lui restituer.

A dire vrai, elle fit même l’inverse, insérant l’élégant tome fantastique dans un rayonnage incertain, un peu au hasard et « à la va comme je te pousse ». Le deuxième opus des Contes et Légendes du Sid venait donc de se faire misérablement rapatrier dans la section scientifique, aux côtés d’un livre de mathématiques passé d’âge et d’une revue d’astrologie. Quelle disgrâce pour « A. Finnegan » ! La rustaude n’avait même pas pris en compte le système de classement alphabétique, une telle nonchalance choqua profondément le jeune garçon. Se rendait-elle bien compte de ce qu’elle venait de faire ? Il y avait désormais de fortes chances que personne ne retrouve plus cet ouvrage, c’était tout bonnement criminel !

Tout autant soucieux de réparer le tort commis à l’encontre de la bibliothèque que désireux de secourir le tome escamoté, Evan s’élança promptement, d’un demi pas environ, prestement coupé dans son essor héroïque par cette antagoniste aux opulentes boucles platines qui semblait s’être fixée pour objectif de lui ruiner la soirée. De l’avis du jeune garçon, elle ne pensait certainement pas à mal, mais à le priver ainsi de son livre fétiche, elle commençait à lui courir légèrement sur le haricot. L’adolescent ravala un soupir fluet, prêtant une oreille indolente à la chapardeuse alors qu’elle l’entretenait de légendes, de mythologies, et même de magie. Des paroles auxquelles Evan acquiesça mollement, le visage marqué d’un vague et incertain sentiment de lassitude.

Aussitôt, la demoiselle s’empara de sa main, ses lèvres rubis s’ornèrent d’un délicieux sourire, rutilant si joliment que le jeune garçon se décida – grand seigneur – à lui pardonner ses frasques. Etait-il nécessaire de préciser que ses joues s’embarrassèrent d’une petite nuance de rose ? Après tout, une si gracieuse –et malpolie– escamoteuse ne vous gratifiait pas tous les jours de telles marques d’attention. Il y avait de quoi se sentir touché, sinon penaud.
D’ailleurs… intuitivement, confusément, Evan avait comme l’impression fugitive qu’il se devait de témoigner un peu de bienveillance à cette jeune désillusionnée. Non seulement car elle tâchait subitement de se comporter de façon avenante, mais aussi, parce que cet agacement qu’elle suscitait chez lui faisait soudainement resurgir de son passé un frêle souvenir, teinté d’une tendre nostalgie… sous la forme de paroles précieuses et compassées, prononcées avec ce fort accent British qu’il n’avait plus l’habitude d’entendre, ici, à l’orphelinat.
Ces mots qui, autrefois, avaient marqué son esprit de leurs lettres de feu, refluaient des poussiéreux tréfonds de sa mémoire, vibraient avec une insoupçonnée ferveur dans la confusion de son esprit : As a gentleman, you should be nice with the ladies.
Un principe qu’on lui avait gravé dans le cœur, et qui le piquait d’un doux sentiment de mélancolie, chaleureux, mais véhiculant son lot de petites douleurs.

Evan se laissa mener par la main avec une parfaite docilité, ce fut à peine s’il tourna brièvement la tête pour jeter un dernier regard à son livre de contes, une pensée laconique le traversant, à la fois comique et déterminée.

Tiens bon, « A. Finnegan », je reviendrai pour toi.

Sans brusquerie, le jeune garçon fut installé à la table par sa charmante guide, qui pressa subtilement sur ses épaules pour l’amener à s’asseoir, sans rencontrer la moindre résistance. Elle présenta à son regard candide un large et vétuste grimoire, rédigé dans un anglais vieillot et empesé, qui eut le don de piquer la curiosité du timide Evan. Les pages étaient lourdes entre ses doigts, jaunes et racornies, surchargées de lettrines guindées et encrées de pattes-de-mouche éparses.

Citation :
SPIRITISME

Sur un autel où par trois fois le sang a coulé, imprimer la pierre de l’empreinte pourprée de la dextre de l’augure. Les flammes qui vacillent sur les chandelles de suif doivent accoucher du huitième hexaèdre, une nuit où la lune est dévorée.

Sur le guéridon, baigné dans les cris et les larmes des six agneaux sacrificiels, est disposé le fragment de l’âme envolée, de l’esprit rappelé des limbes du dernier sommeil. La voix de l’augure ne doit pas trembler, la main de l’augure demeure ferme sur le coutelas du pêché, pénètre avidement la chair de l’ultime agneau du sacrifice.

Ses cris et ses lamentations émeuvent les âmes errantes, les flammèches sont étouffées et le souffle glacé des défunts profane le mausolée. S’égrènent les secondes, ils se sont tus… mais résonne le rire sépulcral du malin.

Mâche les chairs, apaise ta soif, les…

Avec une violence et une vigueur inattendues, le jeune garçon referma l’ouvrage, sa rude couverture claquant dans un bruit mat. Le visage du tendre Evan semblait plus pâle qu’à l’ordinaire, presque livide. Il se sentait… crispé, écœuré, il avait naïvement laissé son regard s’aventurer, et la signification malsaine de ces lignes ampoulées s’était parfaitement imprimée dans son esprit. Les codifications alambiquées du grimoire s’étaient vues déjouées, aisément, machinalement, l’enfant avait bien trop l’habitude de parcourir ces récits emphatiques qui nécessitaient une certaine agilité mentale, et de ce fait… Evan avait le cœur au bord des lèvres.

La description du rituel sonnait comme un triste écho de ces sombres récits du passé, au sein d’un Londres pernicieux où s’ébattaient les plus abjectes crapules et meurtriers de la fin du XIXème siècle. Un lieu sinistre où prenaient vie d’obscures légendes comme celle de Jack the Ripper, où l’aristocratie dépravée mandatait le rapt d’orphelins pour satisfaire leurs désirs infâmants, où le sang irriguait tel un torrent la poussière sèche des ruelles enténébrées ; où le mal s’enracinait dans le cœur des hommes.

L’éclat saphir de son regard s’était terni, l’adolescent pouvait presque sentir peser sur lui les petits yeux vicieux et moqueurs des diablotins sculptés au plafond. Evan était sensible, imaginatif, il l’avait toujours su, et voir le récit prendre forme dans son esprit au fur et à mesure de sa lecture l’avait significativement dérouté. Sa petite main d’un blanc laiteux reposait désormais sur l’épaisse couverture du grimoire, plaquée contre la large rune qui y était brodée, s’y appuyant avec fermeté, comme résolue à ne plus jamais le laisser s’ouvrir.

« Tu crois qu'on pourrait communiquer avec les esprits avec ça ? » Avait chuchoté la chapardeuse à son oreille, juste avant de s’asseoir en face de lui pour le fixer avec une extrême et insolite attention. Les traits féminins du visage de la demoiselle lui paraissaient comme embellis par le timide espoir de le voir subitement accomplir quelques obscurs miracles à l’aide du pesant ouvrage.
La réponse qu’avait à apporter Evan n’avait rien de guillerette. L’enfant, tiraillé entre la lassitude et le dégoût, releva le regard vers son interlocutrice, prononçant quelques paroles d’une voix fluette et fatiguée.

« Je ne sais pas… et je n’ai pas envie de savoir. Ce n’est pas le genre de pratiques dans lesquelles il fait bon de tremper. »

L’enfant se frotta doucement les yeux, s’interrogeant durant ce bref instant de flottement sur la raison pour laquelle une fille de cet âge pouvait se montrer intéressée par quelque chose d’aussi glauque que l’occultisme. Les réponses évidentes abondaient. Quand bien même étaient-ils tous orphelins, peut-être la chapardeuse avait-elle la chance de conserver un quelconque souvenir des jours précédant son entrée à l’orphelinat. Et si c’était le cas…

La voix d’Evan s’éleva de nouveau, un peu plus énergique, posant une unique question d’un ton étrange, savant mélange de curiosité et de compassion.

« Il y a quelqu’un que tu aurais voulu rappeler… ? »
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The Raven Heart's Queen
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|Groupe: Voyageur
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|Apparence dans le monde des Rêves: Alice accompagnée de son fidèle Lapin Blanc...en peluche ~

MessageSujet: Re: "Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]   Sam 17 Juil - 17:47

    « Qui n'a plus d'espoir n'aura plus de regrets. »

    Quand on a perdu beaucoup de proches autour de soi, il semble normal pour tous ceux qui vous regardent de loin de penser que, plus que tout au monde, vous souhaitez qu'ils reviennent dans votre vie. Oui, c'est ce que toutes personnes normales voudraient. Mais qui a dit que Mademoiselle Starling l'était ? Du moment que son petit univers croit dur comme fer qu'elle est parfaite, il n'y a rien de plus qu'elle pourrait demander. Un enterrement ? Parfait. Une robe noire de luxe assortit aux escarpins vernis , une paire de lunette de soleil pour jouer la comédie et le tour est joué. Chez les Starling, l'hypocrisie c'est une sorte d'institution. Et à vrai dire il n'y a rien ni personne qu'elle puissent vraiment regretter. Et quand bien même elle serait la dernière âme vivante sur cette planète, elle n'aurait toujours pas l'envie de se lamenter sur les personnes qu'ils l'ont quitté. Après tout, ils n'avaient pas à l'abandonner. Elle espère juste que même dans l'au-delà, il s'en voudront. Et pour le restant de l'éternité. A quoi bon déplorer la perte d'un être cher ? Dans son optique, lorsque nos regrets éclipsent nos rêves, c'est le signe que la vieillesse vous guète de son œil morne et nécrosé . Un vieillissement prématuré était la dernière chose dont elle avait besoin. Sa petite personne était, est et restera la seule chose qui la préoccupe. « Est-ce que les gens me regardent ? », c'est tout ce qui importe. Vous pensez que c'est mal ? Vous avez raison.

    Si pour certain la meilleure défense c'est l'attaque, il ne fallait tout de même pas brusquer la cible. Après tout, ils étaient entre personnes civilisées, pas entre hommes des cavernes. Il fallait se montrer douce et compréhensible. Le pauvre petit rat semblait déjà sous le coup du stress. Il fallait donc le mettre en confiance pour mieux le manipuler ensuite. Elle ne pensait même pas que ce livre aurait autant d'effet sur le jeune homme. Enfin, pour elle ce n'était qu'un espèce de canular, du charabia. Elle était sans doute trop terre à terre pour ce genre de chose. A vrai dire, il aurait très bien put être écrit des mots comme «Screugneugneu » ou même « Obululugeuk » que ça n'aurait rien changer pour elle. De tout façon elle s'en fichait comme le troisième lundi du mois d'aout des années bissextiles ou de l'opercule du dernier yaourt qu'elle avait mangé. Niveau d'intérêt sur une échelle de un à dix. Disons...moins un. Qui pouvait vraiment prétendre faire revenir les morts à la vie. Seul un cinglé sûrement. Il fallait croire qu'il y avait des gens assez dingues pour écrire ça. Mais si vous voulez son avis, les gens pires que ceux qui écrivent que les fantômes existent, c'est ceux qui y croient. Nous avons un numéro gagnant. Votre lot: un tête à tête avec la Reine S. Ni repris ni échangé. A vos risques et péril.

    « Pour tromper le monde, ressemblez au monde. »

    Scarlett détourna un instant son regard feignant une certaine mélancolie. Les yeux dans le vague, elle ne pensait pas à ce qu'elle avait perdu il y a longtemps, oh non, mais plutôt à ce qu'elle allait gagner en divertissement très bientôt. Ce blondinet n'était-il pas un indiscret ? Un peu trop à son goût. Il fallait commencer un nouveau jeu. Primo, brouiller les pistes. Secundo, l'attirer dans un traquenard. Tertio, jouer avec la victime pour mieux l'achever ensuite. Prend garde à toi petit rat de bibliothèque. Ne laisse pas trainer tes pattes dans les pièges de Miss S. La chasse risque d'être forte amusante du coté du chasseur. Pour ce qui est du traqué, cela risquerai d'être bien déplaisant. Ou peut-être excitant, cela ne tient qu'à la proie de rendre la partie intéressante. Et qui sait, cela pourrait sans doute être l'ultime échappatoire pour le pauvre et gentil garçon. Mais pour l'instant, le coup d'envoi avait été lancé. Que le meilleur gagne. La demoiselle leva les yeux vers son interlocuteur, un sourire aux lèvres. Le fameux sourire figée de Mademoiselle Scarlett. Celui qu'elle a toujours arboré depuis son entrée dans le grand monde lorsqu'elle avait onze ans. Sois belle et tais-toi. C'est la première chose qu'on lui a murmuré lors de sa première soirée huppée dans les quartiers chics de Londres. Ou plutôt, devrait-on dire, orgie aristocratique. La première fois n'est plaisante pour personne. Pas même pour notre chère S. Tandis que les idées se bousculaient dans son esprit, ses doigts caressaient le bois de la table à la manière d'un clavier de piano. Elle faisait ce geste mécaniquement comme si elle se trouvait devant son instrument fétiche. Soudain, le silence et la gêne certaine qu'elle avait elle-même installé dans le petite espace réduit de la bibliothèque se brisa. Préparez vos mouchoirs et accordez vos violons. SS sort le grand jeu.

    « Bien sûr qu'il y a des gens auxquels je tenais beaucoup et qui me manque énormément. Ma mère, j'étais si jeune lorsqu'elle est nous a quitté . Je me sens si coupable, elle qui est... morte en voulant me sauver de la noyade. Cependant tu as sans doute raison: rien ne sert de jouer avec le feu. Mais je suis désolée, je t'importune avec mes histoires. Si tu veux bien ne parlons plus de cela. Je suis impolie, je ne me suis toujours pas présentée. Repartons à zéro. Scarlett Starling, ravie de faire ta connaissance. »

    Ne sentez vous pas cette petite larme poindre en vous ? Elle ne fait jamais les choses à moitié. Il faut avouer que le coup de la noyade était très bien joué. Elle ne l'avait pas encore fait celui-là. Bienvenue dans le petit monde parfait de Miss Scarlett Starling qui vivait au sein d'une famille d'exception , aimante et chaleureuse. Oui, elle a toujours aimé s'inventer la vie qu'elle n'a jamais eut. Son père était passé du requin sans scrupule au gentil paternel attentionné. Quand à sa mère, quand à elle, avait troqué son statut d'épouse infidèle à la femme qui a tout sacrifier pour sauver sa fille chérie. Au moins, elle n'avait pas mentit sur une chose, elle était bel et bien décédée lorsqu'elle était jeune. Néanmoins pas de la noyade, mais plutôt d'un accident de voiture... en compagnie de son amant. Toute suite moins chic. Mais parfait pour les magasines à scandales. Ça a bien entendu jeté le discrédit sur toute la famille pendant un temps. Le temps qu'on verse un peu d'argent à droite et à gauche pour faire taire toutes les rumeurs, pour que vienne enfin l'heure de gloire des Starling qui cherchait désespérément à redorer leur blason. Il serait bête de tomber sur les vieux squelettes cachés au fond du placard. L'argent ouvre bien des porte mais s'occupe aussi de les fermer à double tour.

    « La réflexion fait de nous des lâches. »

    Trêve de bavardage, il fallait passer au niveau supérieur. Et en vitesse avant l'heure fatidique. Par ailleurs, elle approchait à grands pas. Tout comme le démon qui se pressait déjà pour fermer sa très précieuse bibliothèque remplit de bouquins poussiéreux et ennuyeux à mourir. Quelle était la prochaine étape déjà ? Ah oui : le traquenard. Enfermer un rat de bibliothèque dans un endroit remplit de livre ne devait pas être bien compliqué. Mais il lui fallait d'abord finir le niveau précédent: la mise en confiance. Elle se leva avec élégance avant de fermer le livre et de le reposer sur une étagère, là encore au hasard. Elle était manique sur bien des points malheureusement le rangement en ordre alphabétique par genre n'en faisait pas partit. Peu importe si le volume des sciences occultes se retrouvait entre l'histoire de la guerre de cent ans et « Double assassinat dans la rue Morgue » d'Edgard Allan Poe. Qui s'en souciait, à part cette mégère de Komber ? Sa voix se faisait douce et basse, comme un chuchotement, une voix lointaine qu'on percevrait avant de succomber dans les bras de Morphée.

    «  Je suis vraiment désolée, je ne voulais pas te mettre en colère ou quoi que ce soit d'autre. Enfin tu sais c'est juste de la curiosité...c'est mal ? »

    Elle se rapprochait dangereusement du blondinet, tout en l'hypnotisant de sa voix mielleuse. Scarlett s'assit sur le rebord de la table en croisant avec une certaine sensualité ses jambes, laissant entrevoir une partie de ses cuisses cachées par le bout de tissu qui lui servait de robe. Mais avec élégance, il ne fallait pas tomber dans la vulgarité. La classe est un crédo qu'on se doit d'appliquer en toutes circonstances. Cependant son attention se relâchait au fur et à mesure que les secondes s'écoulait. La Reine S s'ennuyait-elle ? C'était fort probable vu son caractère. Un pas un avant, deux en arrière. Il fallait arrêter de marcher à reculons. Désormais il fallait foncer avant qu'il ne soit trop tard.

    «  Dis-moi, tu as déjà entendu parler de...  »

    Sa phrase venait d'être coupée dans son élan par des bruits de pas qu'elle connaissait très bien pour les avoir déjà entendu une bonne centaine de fois. Pas déjà. Le petit jeu n'avait même pas réellement démarré. Elle refusait de se faire virer avant d'avoir put s'amuser. Elle se leva avec précipitation mais sans faire de bruit, en prenant la main du garçon pour le lever. Une fois debout, elle laissa échapper un souffle d'air chaud dans la nuque du garçon avant de murmurer quelques mots à son oreille:

    «  Tu as déjà fais quelque chose de complètement fou ? »

    Reine S laissa échapper un léger ricanement, avant de forcer le jeune garçon à venir se cacher entre deux étagères. Retenant le jeune homme contre un mur dans l'ombre, la main sur sa bouche, elle avait plongé son regard dans le sien. Elle lui fit le signe de ne pas parler avant de décoller sa main de ses lèvres. Collée tout contre lui, il lui semblait qu'elle pouvait entendre son cœur battre. C'était plutôt excitant comme situation, c'est du moins ce qu'elle pensait. Si quelqu'un d'autre se serait tenu devant elle, cela ferai longtemps qu'elle aurait enlever ses vêtements. Mais c'était un lieu public et elle n'était pas exhibitionniste tout de même. Dommage pour le blondinet. De toute façon les dépucelages n'était pas un jeu auquel elle aimait s'adonner. Revient quand tu seras un homme, petit rat de bibliothèque. Pour l'instant ce n'était pas sa préoccupation principale. Miss S était sûre de son plan. Cerbère ne viendrait pas jusqu'ici pour les débusquer. C'est ainsi que le destin des deux jeunes gens fut scellé. Elle relâcha son emprise quand elle entendit la gardienne des enfers faire demi-tour. S'en suivit le bruit d'une porte fermée à clé. La nuit promettait d'être longue.

    « Le monde entier est un théâtre. »

    Scarlett recula immédiatement de deux pas. Elle éclata d'un petit rire malicieux mais néanmoins cristallin puis se pinça les lèvres pour se stopper net. S ou comment jouer à la fille naturelle. Voilà tout un paradoxe. La jeune demoiselle baissa les yeux en signe d'excuses.

    «  J'espère que tu ne m'en veux pas trop. On dit souvent que je suis impulsive... »

    Impulsive. On aura tout entendu. Mesdames et Messieurs voici la fille la plus calculatrice et manipulatrice que la terre n'ait jamais porté et de ce fait la moins impulsive qui puisse exister. On aura franchement tout entendu. Et la suite ? Nous verrons bien. La soirée était sur le point de s'achever pour laisser place à la nuit. Une chose est sûre: un tête à tête dans un endroit clos avec Miss S, personne, non je dis bien personne, n'en sort indemne. Sur ce, bonne nuit petit rat de bibliothèque.

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"Il faut que cela reste entre nous." [PV Evan]

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